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Le concept de neurodiversité peut-il révolutionner l’école ?

Juliette SPERANZA - Doctorante en philosophie, Laboratoire interdisciplinaire de recherches « Sociétés, Sensibilités, Soin » (LIR3S)

Année de publication : 2020

Type de ressources : Rhizome

Rhizome n°78 – L’école prend-elle soin ? (novembre 2020)

Le problème de l’égalité des chances à l’école dépasse le champ des seuls critères sociaux. Le système éducatif français, par sa structure, génère également des inégalités cognitives. Le profil cognitif d’un élève selon sa proximité avec la norme de l’institution détermine ses chances de réussite dans son parcours scolaire, puisque c’est selon cette norme que son éducabilité et ses chances de réussites vont être jaugées dès les premières années d’école. Tandis que de nombreux secteurs professionnels s’intéressent à la plus-value économique de la neurodiversité, alors que de nombreux militants prouvent que les talents des personnalités dites « neurodivergentes » sont une richesse pour l’humanité, il semble évident que le système éducatif devrait se détourner d’un cadre très strict et des normes restrictives pour valoriser un nouveau modèle : celui de la neurodiversité.

L’intelligence est-elle « unique ?

L’idée d’une intelligence polymorphe n’est pas nouvelle. La civilisation grecque n’a pas été avare de tentatives pour définir ou valoriser de multiples intelligences. Chez Platon, on distinguait le nous (l’esprit, la raison) de la dianoia, une intelligence plus scientifique. Aristote, lui, opposait la phronésis, une forme de sagesse pratique, à la sagesse contemplative. L’intelligence comme ruse, la mètis, fut chantée par Homère : « C’est par la mètis, plus que par la force que vaut le bûcheron. C’est par la mètis que sur la mer vineuse l’homme de barre guide le bâtiment de course en dépit du vent(1). » La déesse grecque Mètis, mère d’Athéna et première épouse de Zeus, incarne cette intelligence insaisissable, polymorphe, qui mêle justesse du coup d’œil et rapidité d’exécution. Il semble alors impossible de l’enfermer dans des catégories ou de la quantifier. Entre intelligence relationnelle, sagacité, esprit pragmatique, logique, capacité d’adaptation, diverses formes d’intelligence ont été esquissées depuis cette époque.

Dans ses Pensées, Pascal distinguait quant à lui l’esprit de finesse de l’esprit de géométrie : « Ce qui fait donc que certains esprits fins ne sont pas géomètres, c’est qu’ils ne peuvent du tout se tourner vers les principes de géométrie ; mais ce qui fait que des géomètres ne sont pas fins, c’est qu’ils ne voient pas ce qui est devant eux, et qu’étant accoutumés aux principes nets et grossiers de géométrie, et à ne raisonner qu’après avoir bien manié leurs principes, ils se perdent dans les choses de finesse, où les principes ne se laissent pas ainsi manier(2). » (…)

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