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« Il n’y a d’école démocratique qu’inclusive »

Philippe MEIRIEU - Professeur honoraire en sciences de l’éducation, Université Lumière – Lyon 2

Année de publication : 2020

Type de ressources : Rhizome

Rhizome n°78 – L’école prend-elle soin ? (novembre 2020)

Rhizome : En quoi l’école est-elle « une chance pour la démocratie » ?

Philippe Meirieu : Elle l’est, d’abord, parce qu’elle ambitionne de ne pas abandonner l’accès aux savoirs et – plus important encore ! – la construction du désir d’apprendre à l’aléatoire des histoires et des rencontres individuelles. C’est là sa tâche, à la fois fondatrice et condamnée à l’inachèvement : ce qu’elle vise et ce qu’elle ne peut pas « produire » mécaniquement, sauf à confondre l’éducation et la fabrication – ce qui, précisément, abolirait le sujet libre et capable de « penser par lui-même » que suppose toute démocratie.

Mais la démocratie ne peut se réduire à une juxtaposition d’individualités, aussi émancipées soient-elles. La démocratie suppose que chacun puisse engager une interlocution sereine avec les autres et construire du commun avec eux : tâche difficile qui suppose l’abandon de la posture de toute-puissance. Et, là encore, l’école peut avoir un rôle essentiel : aider chacune et chacun à se désenkyster des certitudes au nom desquelles on s’arroge le droit d’humilier l’autre, voire de le détruire. Tâche ardue, mais absolument nécessaire : il faut que l’enfant accepte progressivement qu’il ne peut pas plus tout savoir que tout avoir, qu’il accepte de faire dialoguer ses convictions avec ses connaissances, qu’il découvre que la recherche collective de la précision, de la justesse et de la vérité est porteuse de plus de satisfactions que la crispation sur une représentation, un slogan, voire une théorie du complot.

Et puis, l’école doit, enfin, s’ouvrir à toutes et tous, quels que soient les contingences ou les accidents des histoires individuelles. C’est dire qu’il n’y a d’école démocratique qu’inclusive. Mais à condition que l’inclusion ne se limite pas à l’intégration formelle : ce n’est pas la présence d’un enfant porteur de handicap dans une classe qui est inclusive, c’est son implication dans une activité commune… Nous retrouvons, encore une fois, la mission fondatrice de l’institution scolaire : accueillir toutes les singularités et leur permettre de créer du commun. (…)

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