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Entretien avec Didier Fassin

Didier FASSIN - Anthropologue, sociologue et médecin - Professeur de sciences sociales à l'Institute for Advanced Study, Princeton - Directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, Paris

Année de publication : 2015

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Sociologie, Anthropologie

Rhizome n°56 – Prison, santé mentale et soin (Avril 2015)

Didier Fassin nous livre, avec L’ombre du monde, une anthropologie de la condition carcérale, une description saisissante des prisons françaises et un panorama assez complet de la vie en prison, extrêmement bien documenté. À partir d’une ethnographie qui aura duré 5 ans d’une maison d’arrêt française il invite ainsi le lecteur à se plonger dans le quotidien des prisonniers et des professionnels qui sont à leurs côtés. A la lecture de cet ouvrage, on est saisi par l’ambiance, l’état des relations et des tensions entre les différents acteurs qui composent la prison. En tant que bulletin « santé mentale et précarité », on ne saurait trop vous recommander la lecture de cet ouvrage, où le prisonnier apparait être la figure contemporaine de l’exclu et la prison une institution de vulnérabilisation des personnes détenues. Didier Fassin nous invite alors à interroger le projet moral de la prison aujourd’hui et « notre » manière de gérer les inégalités, à l’ombre, de manière invisible.

Rhizome : On ressort éprouvé suite à la lecture de votre ouvrage. Quels sont vos impressions et vos sentiments après cette ethnographie ?

Didier Fassin : L’épreuve, c’est bien sûr avant tout celle que traversent les personnes qui sont incarcérées, notamment lorsqu’il s’agit d’une première fois : épreuve de la sanction, de la séparation, de l’enfermement vingt-deux heures sur vingt-quatre, de la cohabitation avec une autre personne pendant ces longues journées, de l’absence de liberté non pas seulement au sens de ne pas pouvoir circuler à sa guise mais plus profondément au sens de ne pratiquement plus rien pouvoir choisir et décider pour sa propre existence. Mais celles et ceux qui travaillent en prison, surveillants, officiers, directeurs, soignants, conseillers d’insertion et de probation, sont eux aussi mis à l’épreuve par des métiers peu valorisés socialement, parfois difficiles, éventuellement dangereux, dans lesquels certains mettent pourtant beaucoup d’engagement. Si donc j’ai réussi à « éprouver » le lecteur en décrivant, racontant, analysant ce monde, j’ai atteint en partie le but que je m’étais fixé. Quant à moi, j’ai vécu cette longue expérience de recherche de manière très intense, à travers l’oppression de la réclusion, la richesse des rencontres, le sentiment souvent d’injustice, l’impuissance devant certaines souffrances. Il est évident que si les députés et les magistrats savaient un peu mieux ce qu’est la prison, les premiers ne passeraient pas leur temps à voter des lois de plus en plus répressives comme ils le font depuis des décennies et les seconds ne se sentiraient pas si autorisés à sanctionner toujours plus lourdement ainsi que les études le montrent. (…)

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