Vous êtes ici // Accueil // Publications // Rhizome // Rhizome n°49-50 – Reconnaître l’invisible, gouverner l’imprévisible (Octobre 2013) // Peut-on expertiser l’informel ?

Peut-on expertiser l’informel ?

Nicolas CHAMBON - Sociologue, Centre Max Weber, Université Lyon 2, Orspere-Samdarra

Année de publication : 2013

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Sociologie

Rhizome n°49-50 – Reconnaître l’invisible, gouverner l’imprévisible (Octobre 2013)

Savoirs et pratiques

À l’heure de la « modernité réflexive (1) » , la distinction primordiale qu’établissent les savoirs formels, qui s’objectivent en titres, diplômes et qualifications, qui se traduisent par des partitions triviales entre ceux qui savent et ceux qui ont la maîtrise du savoir (savoir spécifique à tel domaine d’intervention, savoir gestionnaire) et ceux qui sont voués à la pratique, est de plus en plus mise à mal ; plus particulièrement là où, comme à l’hôpital, se joue une relation de service, d’aide… avec un public souvent précarisé. Alors, les professionnels qui sont au front acquièrent une connaissance pratique de la relation de type clinique ou jurisprudentiel, en viennent à disposer de compétences qui font défaut à ceux qui les encadrent, tout en sachant qu’ils ne sont pas légitimes pour dire ce qu’ils savent ; et ceux qui sont censés savoir sont critiqués par leurs manques de pratiques de terrain.

Ainsi nous constatons que les spécificités des « migrants précaires » mettent en difficultés les professionnels, notamment soignants. En effet, cette population, en cumulant les vulnérabilités, tant psychiques, sociales qu’administratives, vient accroître le nombre et le type des demandes d’aide. Des patients se présentent en disposant d’informations– concernant par exemple leur parcours administratif- que les soignants n’ont pas et avec des demandes – on pense au certificat médical – auxquels ces derniers sont en mal de répondre. Et généralement, ceux qui connaissent mieux les patients et leurs problématiques sont ceux qui sont au front, ceux qui font le « sale boulot », dans l’accueil de ce public, qu’ils soient psychiatres, assistantes sociales ou infirmiers. Le « sale boulot » consiste ici, pour citer Pascale Molinier, à « devoir se cantonner à réaliser une prestation partielle quand (on) sait que les personnes en grande précarité ont besoin d’un accompagnement global. Ce n’est pas que la prestation proposée soit techniquement mal réalisée, c’est qu’elle est insuffisante. » (2) La connaissance est alors diffuse, et n’est pas le propre de ceux qui occupent les places hiérarchiques. (…)

Télécharger l’article en version PDF

Publications similaires

L’interprète comme « machine à traduire » et la négociation de la signification en interaction : deux pratiques en tension ?

médiation - interprétariat - Remilas - allophone

Elizaveta CHERNYSHOVA et Anna Claudia TICCA - Année de publication : 2020

Le corps en acte : Temps du corps et temps de la vie à l’adolescence

adolescence - temporalité - identité - crise

Pascal ROMAN - Année de publication : 2010

Réflexions sur l’incarcération des mineurs

adolescence - détention - délinquance