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Les effets pervers d’une politique d’évaluation

Gilles HERREROS - Professeur de Sociologie Université Lyon 2

Année de publication : 2009

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Sociologie

Rhizome n°34 – Mesurer… les effets de l’évaluation (Mars 2009)

Avec les quelques lignes qui suivent, nous voudrions suggérer que la notion d’effets pervers peut avoir quelques vertus heuristiques lorsqu’elle est mobilisée dans la perspective de comprendre les effets possibles des pratiques d’évaluation. Cette notion fut largement développée dans le champ des sciences économiques et sociales et reprise notamment par R. Boudon[1] qui voulait désigner, avec elle, le résultat des actions conduites par les agents sociaux qui, tous en interdépendance les uns avec les autres, finissent par fabriquer collectivement ce qu’individuellement personne n’a souhaité. Ainsi, pour nous en tenir au plus simple, les estivaliers qui se ruent tous au même moment, au volant de leur voiture, en direction du Sud de la France pour débuter au plus vite leurs vacances, provoquent-ils de gigantesques bouchons qui, bien qu’honnis par chacun n’en restent pas moins fabriqués par tous. Ce raisonnement qui suggère de comprendre l’action sociale collective comme un agrégat plutôt aléatoire, permet de rendre compte en quoi le recours systématique, au nom de la rationalité de la mesure, à l’évaluation des actions engendre fréquemment tout autre chose que ce que ladite évaluation était supposée provoquer. Pour asseoir notre propos, nous prendrons l’illustration de l’évaluation des démarches qualité à l’hôpital. Mais avant tout qu’entend-on par évaluation ?

Littéralement, l’évaluation désigne une opération au moyen de laquelle on affecte de la valeur à une entité quelconque. Un objet, une personne, un processus, une situation peuvent donc se trouver ainsi appréciés du strict point de vue de la valeur qu’on leur accorde. L’opération est, en apparence d’une infinie banalité et peut même être considérée comme permanente. Chaque fois qu’une décision consciente est prise, on retrouve un processus d’évaluation à la base. Je décide de traverser une rue après avoir, d’un rapide coup d’œil (évaluateur) apprécié la faisabilité de « l’aventure » ; j’opte pour réaliser mes courses à tel endroit plutôt qu’à tel autre à partir de considérations (évaluatrices) sur les vertus comparées des commerces en question… Bref, au fondement de la décision consciente se trouve une opération qui s’apparente à un processus d’évaluation, laquelle se trouve, du coup, considérée comme concomitante de toute forme de choix. Rien de plus banal et quotidien, donc, qu’un processus d’évaluation ! Pourtant et a minima, trois questions élémentaires, se trouvent posées par ledit processus : comment est circonscrite l’entité susceptible d’être évaluée, qui sera l’évaluateur, quels sont les étalons de mesure retenus ? (…)

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