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Quel avenir pour l’hospitalité ?

Serge PORTELLI - Vice-président au Tribunal de Paris

Année de publication : 2008

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Sciences politiques, PUBLIC MIGRANT, Demandeurs d'asile

Rhizome n°32 – Lieux d’asile en milieu hostile (Octobre 2008)

L’hospitalité est une utopie. “L’hospitalité est infinie ou elle n’est pas; elle est accordée à l’accueil de l’idée d’infini, donc de l’inconditionnel” (Jacques Derrida). L’asile, son enfant, souffrira toujours de cette filiation idéale. Ce pays où pourraient trouver refuge tous les persécutés du monde n’existe pas. Chacun le sait. L’histoire de l’asile est donc celle de barrières plus ou moins hautes, plus ou moins fortes, que les hommes ont inventées pour légitimer leur refus d’accepter chez eux toute la persécution du monde, pour lutter, avec les armes du droit, contre cette exigence de la morale élémentaire de porter secours à tout homme en danger, fût-il étranger. Ce refus peut trouver mille justifications. L’égoïsme des peuples est la première. Les frontières peuvent souder une nation. Elles peuvent aussi lui faire perdre son âme lorsqu’elles ne servent qu’à étouffer le cri de ceux que l’on pourchasse. La peur de l’autre, à elle seule, est une barrière suffisante: que cet autre souffre ne change rien au danger qu’il représente du simple fait de son altérité.

L’émotion, la compassion ont longtemps joué en faveur du droit d’asile. La communauté internationale s’est longtemps mobilisée au coup par coup: les Russes, les Arméniens, les Assyro-Chadéens, les Turcs, les Sarrois, le Allemands, les Juifs, les apatrides fuyant le IIIème Reich, etc… Les structures mises en place étaient évidemment provisoires et devaient disparaître une fois la guerre achevée, après la fin du dernier exode. Même la convention de Genève ne devait durer que quelques années. Il a fallu déchanter rapidement. Les structures mises en place se sont pérennisées, le droit d’asile est entré dans le “droit commun”. Mais l’émotion a, elle aussi, disparu. Le monde est devenu plus proche. Les malheurs les plus lointains font partie de notre quotidien. Les persécutions les plus éloignées nous sont connues presque immédiatement. Le travail des organisations non gouvernementales, les progrès de l’information nous les rendent presque familières. Dès lors, l’émotion s’émousse, la mobilisation s’essouffle, l’enthousiasme disparaît. Malgré la dictature ordinaire de l’émotion, les exodes des peuples persécutés ne sont plus médiatisés, encore moins l’exil des individus. La banalisation du mal a banalisé l’asile. Les enjeux sont moins visibles. (…)

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