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Edito

Jean FURTOS
Christian LAVAL

Année de publication : 2003

Type de ressources : Rhizome - Thématique : Psychiatrie, SCIENCES HUMAINES, SCIENCES MEDICALES, Sociologie

Télécharger l'article en PDFRhizome n°12 – La victimologie en excès ? (Juillet 2003)

Ce numéro interroge la pensée victimologique devenue l’un des maîtres mots de notre temps. Son spectre d’application semble en extension quasi infinie : de la reconnaissance des accidentés de la route aux accidentés de la vie, des psycho traumatisés aux harcelés moraux, des maltraités sociaux jusqu’aux situations extrêmes de génocide ou de purification ethnique, le « concept » de victime fonctionne comme si un continuum social et psychique existait entre chacune de ces catégories. La pensée victimaire se construit en empruntant à des registres disparates : subjectifs, anthropologiques, juridiques, cliniques. A son escompte, il convient d’être attentif à sa capacité de réinterroger ses origines hétérogènes ; à son désavantage, la facilité à essentialiser la victime selon un régime non plus de l’épreuve mais de l’expertise.

La position de « l’être victime » s’obtient en effet grâce à l’objectivation nosographique : l’attestation somme toute récente du Post-Traumatic Stress Disorder1, principal fondement de la reconnaissance juridique du préjudice, interroge sur le passage d’une condition d’existence à une catégorie clinique, et sur ses conséquences.

La lecture des textes suggère que le prix à payer s’avère exorbitant : éviction du contexte, c’est-à-dire du monde où se déroule l’épreuve, et éviction de la conflictualité interne (psychique) et externe (sociale).

L’idéologie victimaire n’est possible que sur une scène réduite à des individus isolés aux prises avec leur persécuteur.

Nous ne nions pas pour autant les situations de victime, d’agresseur, de bourreau. Nous soutenons l’importance du souci clinique, car chaque fois que la rupture du pacte narcissique générationnel et civilisateur est en jeu, c’est bien l’intégrité psychique qui est directement menacée, et c’est là qu’il y a continuum des effets désintégrateurs.

Comment alors, au sein d’une société des individus, psychiquement précaires par définition, des pratiques de santé mentale peuvent-elles se construire sans réduction au psychologisme ni au traitement de l’état de stress post-traumatique ?

A ce point, une question lancinante nous taraude : comment un sujet, un groupe, une communauté peuvent-ils être reconnus comme des humains parmi d’autres humains sans que le prix à payer ne soit celui d’une victimisation généralisée ? Autrement dit, comment être bouleversé par ce qui se passe au bord du chemin sans éviction du contexte ni de la conflictualité ?

Notes de bas de page

1 Etat de stress post-traumatique (PTSD)

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