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Edito

Christian LAVAL

Année de publication : 2004

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SANTE MENTALE, SCIENCES HUMAINES, Sociologie

Télécharger l'article en PDFRhizome n°15 – Dépasser l’urgence (Avril 2004)

Dépasser l’urgence

D’abord il y a cette info d’un Directeur d’association qui tombe comme une dépêche: « on ne peut pas vivre hors du temps » ; elle vient de Lille mais aussi bien d’Algérie ou d’ailleurs .Il est vrai que le temps du traumatisme conjugue risque vital et mise hors circuit de la temporalité, une forme de stupeur.

Pour  sortir de ce hors temps, le modèle de l’urgence humanitaire s’est installé durablement dans le paysage  contemporain. L’extension de ce modèle, bien au-delà de l’urgence médicale, est à l’origine de la pérennisation de dispositifs précaires et de la multiplication des « intermittents du social ». Devenu hégémonique, cet urgentisme provoque en réaction des  tentatives  de sauvegarde d’un  temps où l’on prenait le temps,  mais ouvre parfois aussi à  des  actes inventifs  d’outre passement des institutions  pour « aller vers » l’autre en souffrance. C’est à partir de cet engagement vers « l’étranger » qu’un  premier  accordage des temps institutionnels et des temps vécus peut ouvrir à une  narration possible.

Mais lorsque la parole d’un homme,  d’une femme ou d’un enfant  qui se raconte suspend le temps de l’urgence, et qu’elle ne débouche sur rien, le temps de la haine ou de la violence  peut lui succéder. Face à ce risque, le temps de l’éprouvé  oblige les intervenants à se poser cette question : comment résister et se réapproprier du temps à partir de la tyrannie de l’urgence ? Cela n’est pas simple. L’injonction publique et une certaine demande sociale exigent une réparation immédiate et ne laissent que peu de temps au temps réflexif. Pour tous les praticiens du social ou du soin, il convient dans le même temps de dénoncer le mouvement d’urgence généralisé d’une société traumatique, où « la dette est désormais  mise au compte des sujets » et non plus de l’Etat social,  mais aussi  de  comprendre que seul le temps passé et soi-disant « perdu » à écouter des histoires permet de relancer et de repenser des projets fondateurs  du soin  ou  de l’action sociale.

Le temps du projet devient celui du risque assumé dans une histoire, aussi bien pour les intervenants que pour les usagers. Mais entre « hâte intempestive et déréliction contemplative »,  la juste  mesure relève de l’art du politique : savoir construire « une certaine lenteur au cœur du mouvement même », là où il s’agit de rester vivant ensemble ; dès le premier instant et jusqu’à éprouver la densité du temps.

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