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L’interprète comme « machine à traduire » et la négociation de la signification en interaction : deux pratiques en tension ?

Elizaveta CHERNYSHOVA - Laboratoire Liris (UMR 5205), Université Claude-Bernard Lyon 1, Lyon
Anna Claudia TICCA - Laboratoire Icar (UMR 5191), École normale supérieure, Lyon

Année de publication : 2020

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Psychologie

Cahiers de Rhizome n°75-76 – Pair-aidance, interprétariat et médiations (mars 2020)

L’intervention d’un tiers dans le contexte de consultations en santé mentale représente un défi aussi bien pour le professionnel de santé que pour le patient et pour le tiers en question. Lorsque le patient est en situation de migration, l’enjeu de la présence d’un tiers est d’autant plus important qu’elle se veut garante de l’intercompréhension entre les parties, et donc du « bon » déroulement de la consultation. Dans cet article, nous allons nous intéresser précisément aux pratiques mises en place par un type de tiers particulier, l’interprète, en mettant en lumière les tensions face auxquelles il se trouve dans le cadre d’une consultation avec une patiente non francophone en situation de migration.

Notre contribution s’inscrit dans le cadre du projet « Réfugiés, migrants et leurs langues face aux services de santé » (Remilas)(1), mis en place par le laboratoire « Interactions, corpus, apprentissages, représentations » (Icar) et l’Observatoire santé mentale, vulnérabilités et sociétés (Orspere-Samdarra). Les recherches menées dans le cadre de ce projet se focalisent principalement sur les problématiques linguistiques et culturelles qui émergent lors des rencontres entre soignants et le public migrant, entre autres dans les démarches liées au suivi en santé mentale. En effet, du fait de la diversité linguistique, les participants peuvent faire appel à un interprète/médiateur, permettant de faciliter la communication. Ce sont les « bricolages » linguistiques mis en place pour pallier les difficultés de communication entre les personnes migrantes et les professionnels de santé qui nous intéressent ici.

Dans notre analyse, nous allons nous concentrer sur une interaction vidéo particulière, enregistrée dans le cadre de ce projet. Il s’agit d’une consultation médicale en santé mentale se déroulant entre une psychiatre et une patiente tchétchène, demandeuse d’asile, en présence d’une infirmière. La patiente n’ayant pas une maîtrise suffisante du français, un interprète russe/français, membre d’une association d’interprètes, participe à l’interaction. Nous allons plus particulièrement nous focaliser sur deux moments de cette interaction, illustrant la façon dont l’interprète « navigue » entre deux pratiques en tension : d’une part, ce participant s’aligne à l’idéal de l’interprétariat comme « machine à traduire » (translation machine) (Bot, 2005) et, d’autre part, il se positionne en tant que participant à part entière, s’affirmant ainsi comme interlocuteur ayant une voix et une présence dans l’interaction. En effet, l’interprète, dans ses productions verbales, suit parfaitement la séquentialité de l’échange entre la psychiatre et la patiente, mais prend l’initiative à plusieurs moments afin de clarifier un élément à traduire. Avec cette étude, et en ligne avec la tradition des études sur l’interprétation linguistique (Interpreting Studies), nous montrons que les notions d’« invisibilité » et de « neutralité » ne sont pas applicables à l’activité d’interprétation dialogique (Wadensjö, 1998). Nous défendons également l’idée que la qualité de l’interprétation n’est pas responsabilité exclusive du tiers, mais elle est le résultat d’une entreprise collective qui implique tout participant à l’interaction. (…)

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