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L’interdit des drogues. Histoire d’un mythe

Olivier MAGUET - Membre de Médecins du Monde Responsable de la mission « Prix du médicament et systèmes de santé »,Paris

Année de publication : 2016

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES

Rhizome n°62 – Usage(r)s de drogues (Décembre 2016)

Dans un exercice de spontanéité, le mot « drogues » évoque immédiatement des figures que ne renierait pas Roland Barthes dans ses Mythologies : l’être hagard avec une seringue dans le bras ; la production d’opium en Afghanistan ancrée dans un conflit meurtrier ; un sachet de poudre brune ou blanche échangé à la va-vite ; une soldatesque attachée à détruire un champ de coca ; un policier et des barreaux de prison… Ces différentes figures traduisent une même équation : « les drogues sont interdites parce qu’elles sont dangereuses », ou bien sa variante « les drogues, c’est mauvais, donc c’est interdit ». De fait, l’ Éducateur – parent et école – nous a incessamment seriné cette vérité absolue, en nous expliquant que c’était pour nous protéger. Fol est celui qui oserait ouvertement questionner le mythe. Mais finalement, sait-on vraiment pourquoi ces substances psychoactives que l’on appelle « les drogues » sont interdites ? Et d’ailleurs, le sont-elles vraiment ? D’autant que dans notre for intérieur, nous ne saurions, pour la plupart d’entre nous, éluder la figure du plaisir, ne serait-ce qu’en réminiscence d’une expérimentation, fut-elle unique.

Retentons l’exercice, mais cette fois avec moins de spontanéité. Le mot « drogues » pourrait alors évoquer un médicament bien connu à base de codéine qui figure dans la pharmacie familiale ; ou bien, pour les destructeurs patentés de mythes, la société Francopia. Francopia ? Cette filiale de Sanofi a le monopole en France de l’extraction et de la commercialisation, en direction de l’industrie pharmaceutique, des alcaloïdes contenus dans le pavot à opium : la morphine, utilisée comme sédatif et pour soulager les fortes douleurs ; la codéine, un antitussif ; la papavérine, un antispasmodique ; et la thébaïne, qui sert à fabriquer des médicaments de substitution. Mille agriculteurs français, cultivant le plus légalement du monde dix mille hectares de pavot, fournissent la matière première. Francopia exporte la moitié de sa production et représente à elle seule 20% du marché mondial des opiacés licites. Mais alors… les drogues ne seraient-elles donc pas interdites ?! (…)

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