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Des détenus perturbés qui perturbent la prison

Corinne ROSTAING - Sociologue - Centre Max Weber

Année de publication : 2015

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Sociologie

Rhizome n°56 – Prison, santé mentale et soin (Avril 2015)

Je rencontre, au fil de mes recherches sociologiques menées depuis plus d’une vingtaine d’années sur le monde carcéral, de plus en plus de personnes incarcérées qui tiennent des propos incohérents ou racontent des délires mystiques, notamment lors de ma dernière recherche qui portait sur la religion en prison. Certains détenus affichent leur pathologie comme Dan[1]: « Je suis bipolaire et bouddhiste ». Christian, protestant, me parle de sa peur du diable, qui rode autour de lui ; Ismaëlle, musulmane, dit prier jour et nuit pour repousser le Chaytan qui lui a fait commettre son crime ou encore Manuel entend Dieu en personne lui parler. Plusieurs, sous l’effet de traitements lourds, ont eu du mal à ne pas s’endormir en entretien ; un homme se masturbait tranquillement en me parlant ; un autre, surexcité, parlait fort en faisant les cent pas. Mener des entretiens en prison, c’est parfois écouter des discours flous, peu cohérents, des récits biographiques dans lesquels le locuteur a du mal à recoller les morceaux de vie[2]. C’est aussi assister à des scènes de violence, entendre parler d’automutilations et de suicides, être vigilante au milieu de personnes au comportement imprévisible.

Toujours plus de détenus perturbés

Car la prison est devenue le lieu d’enfermement pour des personnes vulnérables, en particulier les personnes présentant des troubles psychiatriques. Prison et psychiatrie ont établi des liens depuis longtemps[3]. Trois groupes de facteurs expliquent l’importance de la population concernée par des soins psychiatriques en prison.

Il s’agit d’abord de la prise en charge judiciaire (et non plus médicale) d’une partie des personnes qui autrefois auraient été suivi par l’hôpital psychiatrique[4], et qui ne le sont plus depuis la désinstitutionnalisation de l’asile[5] mais aussi du fait d’un moindre recours au motif de non-responsabilité pénale. (…)

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