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L’inestimable dans la relation de soin

Philippe CHANIAL - Sociologue, Université Paris-Dauphine (IRISSO), Secrétaire de la Revue du MAUSS

Année de publication : 2009

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Sociologie, SCIENCES MEDICALES, Médecine

Rhizome n°36 – Le Nouveau Management Public est-il néfaste à la santé mentale? (Octobre 2009)

A travers deux exemples, celui du médecin et celui du professeur, Sénèque rappelait dans son Traité des bienfaits que certaines choses ont un prix supérieur à leur prix d’achat. Des choses inestimables : les belles-lettres et la culture de l’âme pour l’un, la vie, la santé – ce qui n’a pas de prix – pour l’autre. Il en concluait que, dans ses relations, le bénéficiaire – élève ou patient – n’est jamais quitte, même s’il a « acheté » un service. Voilà en quels termes, il définissait, il y a 2000 ans, la nature de ces deux relations :

« Pourquoi au médecin comme au précepteur suis-je redevable d’un surplus, au lieu d’être quitte envers eux par un simple salaire ? Parce que de médecin ou de précepteur, ils sont transformé en amis, et nous obligent, non par leur art, qu’ils nous vendent, mais pour la bonté et le caractère affectueux des sentiments qu’ils nous témoignent. C’est pourquoi, avec le médecin, s’il ne fait que tâter mon pouls et s’il me compte parmi ceux qu’il voit dans sa tournée hâtive, sans éprouver le moindre sentiment lorsqu’il me prescrit ce qu’il faut faire ou éviter, je ne lui doit rien au-delà, parce qu’il me voit non comme un ami, mais comme un client »[1].

Ce propos antique, débarrassé de certaines scories de son époque, peut être aisément généralisé à l’ensemble du personnel soignant contemporain. Que nous-dit-il ? Rien d’autre que, dans l’acte de soin véritable, le compte n’est jamais bon, le compte n’est jamais rond. Pourquoi ? Parce que l’acte de soin est avant tout une relation, et plus précisément une relation de don.

Dans la relation soignante, le don, pour reprendre une formule de Dominique Bourgeon, c’est le trait d’union[2]. Et, pourrions-nous rajouter, dans les établissements de soin, ce sont les liens qui créent le lieu. Le lieu, c’est lien. Rappelons-nous ici les liens étymologiques et historiques entre l’hôpital et l’hospitalité. D’où cette boutade de François-Xavier Schweyer[3] au sujet du développement de l’hôpital de jour : en quelques décennies, l’hôpital serait passé de « l’hébergement sans soin » (du care sans cure) au « soin sans hébergement » (au cure sans care) ! On pourrait d’ailleurs se demander si le rêve éveillé d’une certaine politique hospitalière ne relèverait pas encore d’un autre scénario, celui d’un non-lieu sans lien, où les soins seraient externalisés ou délocalisés sur le patient lui-même, promu, sous le slogan de l’autonomie, le praticien de ses propres pathologies ! (…)

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