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L’intranquillité du voisin

Marc BREVIGLIERI - Maître de conférences, IUT Paris V et GSPM-EHESS

Année de publication : 2007

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Sociologie

Rhizome n°29 – Le voisinage et ses troubles (Décembre 2007)

Les tensions qui peuvent entretenir les dynamiques relationnelles entre habitants de logements voisins révèlent une articulation très primitive entre des modèles idéalisés de coexistence pacifiée et des formes d’interpellations et de disputes plus ou moins agressives. Les querelles entre voisins ne font donc pas que signaler un arrière-plan où figurent des modèles divergents de la visée éthique du « bon voisinage »[2]. Elles pointent aussi la manière dont certains troubles perçus dans la proximité du voisin affectent et insupportent. Elles reflètent enfin un cadre d’interprétation bien particulier de ces troubles : le voisinage dispose généralement d’un horizon temporel long et contraignant, et les voisins demeurent dans un espace commun dont une condition essentielle d’apparition tient à l’émergence d’une tonalité sensible venant disloquer une ambiance familière de cohabitation. Autrement dit, ce sont principalement ces manifestations sensibles émanant de la manière dont sont habités les logements voisins qui, troublant une forme de tranquillité attendue dans la cohabitation, font émerger comme tel l’espace du commun.

Devoir supporter

Il faut tout d’abord préciser, à propos de cet espace sensible commun, qu’au-delà des nuisances visuelles relatives au vis-à-vis direct, la présence du mur, qui cloisonne les habitations sans permettre véritablement de contenir un ensemble de productions sensibles (odeurs, bruits), est génératrice d’inconnu. Elle dissimule ce processus de fabrication du sensible et par là produit de l’équivocité. L’opacité relative à la source de certaines données sensibles génère des scénarios approximatifs et largement fictifs. On doit ajouter à cela la relative rareté des organisations associatives conçues à l’échelle de l’espace collectif résidentiel et disposées à instaurer des politiques positives du vivre-ensemble autrement que sur le registre de la défense des droits des propriétaires ou des locataires[3]. De plus, et même à travers le cas des réunions de copropriété ou des amicales de locataires, l’espace de communication entre voisins est loin de ressembler au modèle idéal de l’espace public où prédomine l’éthique du compromis et du consensus conflictuel. La parole critique, qui reste le geste politique par excellence, semble même y être parfois malvenue lorsqu’elle est chargée d’un fond de ressentiment mal digéré. (…)

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