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Paradoxes de la relation d’aide

Jean DARROT - Pédopsychiatre, Praticien hospitalier, Chef de service

Année de publication : 2006

Type de ressources : Rhizome - Thématique : Psychiatrie, TRAVAIL SOCIAL, SCIENCES MEDICALES, PUBLIC PRECAIRE

Rhizome n°25 – Réinventer l’institution (Décembre 2006)

L’évolution des dispositifs d’intervention auprès des personnes en situation de grande précarité interpelle aujourd’hui les adossements théoriques, politiques et pratiques de ces actions. Trois ordres de changements semblent s’affirmer.

Ces programmes classiquement définis comme un travail sur autrui, tendent de plus en plus vers un travail avec autrui, déplaçant donc leur champ de finalité de l’éducatif vers l’accompagnement et la proximité. En second lieu, dans la représentation de la souffrance psychosociale, la fragilisation du lien social vient compléter l’expression individuelle et intime de la détresse: ce « lien défait » convoque ainsi dans la clinique la dimension collective de l’existence humaine, y compris psychique. Enfin les intervenants, quels que soient leur statut et leur catégorie professionnelle, s’engagent dans des pratiques de plus en plus affranchies de l’autorité institutionnelle qui les mandate, lesdites pratiques se déployant désormais dans une « logique dispositive ».

Ces orientations contemporaines répondent à des mécanismes historiques et culturels en profond remaniement; elles se répètent avec insistance dans d’autres domaines du sanitaire, de l’éducatif et du social; pour généralisées qu’elles soient, elles n’en posent qu’avec une plus grande acuité un très sérieux problème de mise à jour des pratiques, des normes de référence et des modèles de pensée.

Les facteurs historiques de ces changements sont multiples. Dans l’après guerre en France, les inégalités et la grande pauvreté constituaient un fléau qui mobilisait profondément la communauté. Les réformes sociales s’accompagnaient d’initiatives solidaires d’origine militante, politique ou confessionnelle. Le contexte économique des « trente glorieuses » (1945-1975) était marqué par une forte expansion, un faible taux de chômage et une menace continuelle d’inflation. Les chocs pétroliers puis la mondialisation devaient transformer ces données structurelles: la rupture est alors consommée, entre la machine économique et la dimension humaine du progrès. Chez les acteurs sociaux, la leçon est profonde et durable : la fracture sociale est devenue une donnée de la « réalité ». Dans les nouvelles politiques dites « d’insertion » et bientôt de « cohésion sociale », le RMI dispose un filet de sécurité mais aussi une nouvelle norme sociale de contention. La loi de 1998 de « Lutte contre l’exclusion » et les mesures qui lui succèdent, instaurent en réalité l’espace d’insertion dans une précarité durable. La question sociale et le verrouillage des mécanismes d’intégration sont ainsi solidement cryptés, occultant que nos sociétés modernes reposent sur des structures inégalitaires et des écarts de statuts intolérables. Les politiques de prévention de la délinquance désignent plus ou moins ouvertement les déshérités comme sources de troubles sociaux. (…)

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