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Une clinique du tiers qui demande beaucoup d’adresse(s)

Guillaume PEGON - Sociologue, Psychologue clinicien, Doctorant en sociologie et en anthropologie (CRESAL/CNRS)

Année de publication : 2006

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Sociologie, TRAVAIL SOCIAL

Rhizome n°25 – Réinventer l’institution (Décembre 2006)

Formes inversées de la demande dans les institutions sanitaires et sociales

Depuis une dizaine d’années, la perméabilité entre structures du social et structures du sanitaire est fortement sollicitée par le législateur[1]. Les « réseaux et coopérations informels », les « dispositifs interstitiels » ou encore les « dispositifs-réseaux » et autres « réseaux institutionnels »[2] qui en découlent sont en passe de devenir des lieux communs où l’on tente de faire tenir ensemble des pratiques hétérogènes (sociales, éducatives, thérapeutiques). Dans le seul département de l’Ain, nous retrouvons une pluralité de projets s’inscrivant dans ce mouvement[3], et à travers ces différents dispositifs, les situations d’interdépendance entre les acteurs du sanitaire et du social tendent à se multiplier autour de problématiques conjointes. Il s’agit, entre autres, de la souffrance ressentie parce qu’ils sont en « première ligne », de l’obligation de « faire avec » la non-demande des usagers/patients, de la reconnaissance commune des défaillances de leurs institutions et des restrictions budgétaires, ou de manière plus précise, du fait qu’un certain nombre de patients s’adressent à des structures d’hébergement avec une demande d’aide psychologique ou que des personnes en situation de précarité sociale s’adressent au CMP pour y trouver un hébergement : ce que ces professionnels appellent communément « la demande paradoxale » ou la « demande croisée ».

Cette forme inversée de la demande entraîne bien souvent les institutions à se comporter comme des gares de triage, des centres d’adressage (d’un lieu à l’autre, d’un professionnel à l’autre) et la forme de réponse apportée est finalement l’exact symétrique de la forme de la demande. A une demande qui semble mal adressée, il est de « procédure »[4] de répondre par un réajustement de l’adressage. A une souffrance mal située, on répond par une orientation vers l’institution qui paraît la plus adaptée à la situation. Une autre manière de répondre à cette « demande inversée » est donnée à voir dans les pratiques d’un certain nombre de professionnels de la psychiatrie (du côté des CMP), et du social (du côté des CHRS), qui cherchent, pour les premiers à intégrer une problématique habituellement réservée aux travailleurs sociaux, et pour les seconds à intégrer dans l’accompagnement social (au logement et/ou au travail) une réelle démarche de soin. La forme inversée de la demande semble interroger les professionnels sur leur propre capacité à travailler la paradoxalité de leur réponse, paradoxalité qui s’exprime dans l’entrecroisement des pratiques professionnelles. (…)

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