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L’Exclusion, une catégorie mouvante

Olivier QUEROUIL - Conseiller technique, fonds CMU

Année de publication : 2001

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, TRAVAIL SOCIAL, PUBLIC PRECAIRE

Rhizome n°4 – Précarité visible, précarités invisibles (Mars 2001)

L’ouvrage de R. Lenoir « les exclus » date de 1974. Par cet ouvrage, il construit une nouvelle catégorie, dont il cherche à définir les contours. Elle comprend environ 6 millions de personnes qui se répartissent en trois groupes : les inadaptés physiques (2 millions), les débiles mentaux (1 million), les inadaptés sociaux (3 millions). Les inadaptés sociaux sont d’une part les jeunes de l’Aide Sociale à l’Enfance (650 000, dont 300 000 retraits et 170 000 délinquants) et d’autre part les adultes (300 000 malades mentaux, 165 000 suicidaires, 200 000 alcooliques, 260 000 délinquants, 150 000 marginaux et asociaux, et des groupes vulnérables comme les 200 000 français musulmans).

Cette catégorisation, qui ne résume évidemment pas l’ouvrage, porte la marque de cette époque où sont instaurées trois prestations qui réorganisent le paysage social et font sortir de la misère les « filles mères », les vieux sans retraites et les handicapés : l’allocation parent isolé, le minimum vieillesse, l’allocation adulte handicapé. R. Lenoir a été un des acteurs majeurs de ces réformes.

Il n’empêche, 25 ans ce n’est pas bien loin, et pourtant ces catégories nous font quand même un effet assez bizarre. Le contexte a tellement changé que le sens même de ces catégories nous échappe : les notions d’inadaptation physique ou sociale et de débilité ne sont plus en usage pour décrire l’exclusion.

L’arrivée du chômage de masse a bouleversé les représentations de l’exclusion : en 1974, avant le premier choc pétrolier, il y a 500 000 chômeurs, dont 60 000 de longue durée, et le Président Pompidou estimait peu avant qu’un mouvement révolutionnaire serait probable si par malheur on atteignait le million. En 1998, on avait plus de trois millions de chômeurs dont un de longue durée.

Les populations qui sont désignées comme exclues avec les politiques sociales des années 1980/1995 se définissent désormais selon deux axes :

  • Celui de leur insertion, ce qui amène à s’adresser non pas à des individus, mais à des champs de problèmes : quartiers en difficulté, jeunes sans qualification, enfants en échec scolaire, sans domicile fixe, et tout récemment habitants des DOM par la loi 13 décembre 2000. Ces publics ne sont pas empêchés de travailler pour des raisons d’age ou de handicap, mais pour des raisons sociales ou culturelles. En d’autres temps, on aurait parlé du lumpen prolétariat. (…)

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