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La chair du travail

Marie GRENIER-PEZE - Docteur en psychologie, Psychanalyste, Consultation « souffrance et Travail », CASH de Nanterre

Année de publication : 2001

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Psychologie

Rhizome n°5 – La souffrance psychique aujourd’hui un concept évident et incertain (Juillet 2001)

Elle est entrée dans la salle de consultation en soutenant sa main droite comme on porte un ciboire précieux. Elle n’a parlé que de douleurs à la main, au poignet, de l’impossibilité de reprendre son travail. Elle a poussé devant elle la pile de papiers qui a déclenché le rejet inexorable du chirurgien. Elle arrivait au terme d’un périple que nous connaissons tous : accident de travail, prolongation pour douleurs persistantes, reprise, nouvelles plaintes, donc rechute. C’est à ce moment là que le premier chirurgien a dû s’irriter franchement devant cette patiente qu’il n’arrivait pas à guérir et que le grand mot a dû être lâché : simulatrice. La voilà donc chez nous, énième équipe qu’elle vient consulter. La mimique est théâtrale, tandis que l’abondance de bijoux, les ongles faits, le foulard imprimé, démentent le malheur énoncé. Mais le malheur doit-il se présenter dépouillé ?

Le risque majeur de ce type de pathologie est la surmédicalisation des symptômes. De biopsie en électromyogramme, d’interventions exploratrices en comprimés divers, le symptôme finit par s’inscrire dans le corps de manière indélébile, figeant la demande dans l’organique. Ce jour-là, l’activisme chirurgical s’engouffre dans une apparente objectivation des symptômes. On opère madame B. sans autre résultat que l’amplification de ses plaintes. Probablement lassé de soigner cette femme sans rien trouver et sans la soulager, on me la renvoie.

Lors du premier entretien, je laisse se déverser le flot : les douleurs qui remontent à l’épaule, qui mordent comme un dragon furieux. Les maux de tête comme un train qui lui passe entre les deux oreilles, le cœur qui va lui éclater la poitrine. Les images défilent, marquées du sceau de l’onirisme. Et pour soutenir des mots trop pâles, le corps vient prêter main forte. Il mime, il hallucine, il incarne. Madame B. dit qu’elle a mal et montre son bras. Symptôme auquel manque la preuve radiologique, biologique. Mais elle dit qu’elle a mal et elle montre son bras. (…)

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