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Le sujet schizophrène n’a-t-il pas aussi un corps ?

Pascal TRIBOULET - Psychiatre des Hôpitaux, Président de la CME du CH Le Vinatier, Bron

Année de publication : 2006

Type de ressources : Rhizome - Thématique : Psychiatrie, SCIENCES MEDICALES

Rhizome n°22 – La médecine générale à corps et à cris (Mars 2006)

Alain P., atteint de schizophrénie depuis l’âge de 16 ans, profitait depuis 3 ans d’un traitement par Clozapine[1], prescrit au décours d’une nouvelle, et pensait-on, dernière grande crise d’angoisse et de persécution. En 18 ans de maladie, il avait absorbé de très variés psychotropes, et pour la première fois un traitement lui apportait une paix intérieure ; malgré tout, il restait un peu essoufflé quand même, et souvent en sueur. Ses parents avaient gardé en mémoire le décès brutal du fils d’une amie : obèse après 3 ans d’un nouvel antipsychotique, il avait été retrouvé mort chez lui lors de la canicule de 2003. Aussi choisissent-ils de consulter avec Alain un cardiologue. L’examen révèle une hypertrophie du muscle cardiaque, effet secondaire du traitement qui se réduira totalement à l’arrêt de celui-ci. Mais de nouveau, après ces quelques années de tranquillité, Alain se débattra dans des angoisses psychotiques douloureuses, se terrant à domicile et désinvestivant les quelques activités auxquelles il se tenait ; on redoute l’issue suicidaire. Vie psychique versus mort physique, nouvelle donne ?

Ces molécules ne seraient pas plus dangereuses que les anciennes : mais auparavant, nous étions protégés par le mythe de l’éternité du malade psychotique, lui et sa mère, qui, tels les vieux ivrognes d’une autre légende de la France viticole, auraient enterré toute une équipe pluriprofessionnelle de secteur psychiatrique.

Une étude de l’INSERM sur la morbidité et la mortalité des malades atteints de schizophrénie[2] a résolument réfuté cette conception d’une maladie psychotique protectrice des maladies physiques, et l’on en admet une co-morbidité somatique importante qui permet d’affirmer maintenant que le pronostic de la psychose est somatique, l’espérance de vie des patients schizophrènes étant approximativement réduite de 20 %[3]. (…)

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