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Ville et espace public

Albert LEVY - Architecte urbaniste, Chercheur associé LAVUE/ UMR CNRS

Année de publication : 2015

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES

Rhizome n°57 – Des territoires fragmentés: enjeux psychiques et politiques (Juin 2015)

Peut-on parler de ville sans espace public ? Peut-on réduire une ville à un simple agrégat de logements (surtout sociaux), à la juxtaposition de logements et d’un centre commercial, à une simple addition d’espaces domestiques où l’espace libre commun est confondu avec la voirie de circulation et les parcs de stationnement ? Ne doit-elle pas aussi comporter des espaces propres aux relations sociales, autres que domestiques, destinés aux pratiques de communication sociale, une scène publique urbaine où se jouent les interactions quotidiennes fondatrices d’urbanité et de sociabilité[1] ? Pour faire-ensemble, tenir-ensemble, une société doit comprendre un espace public commun, dont la fonction civilisatrice et politique, comme espace de débat, est un catalyseur de la citoyenneté[2]. C’est cette spécificité, cette finalité de l’espace public, qui n’a pas toujours été bien saisie par les urbanistes et les élus qui ont souvent produit, dans les nouvelles réalisations urbaines, un espace public sans qualité. Répulsif et sociofuge, n’offrant aucune possibilité au déploiement de la sociabilité et de la citoyenneté, il handicape la convivialité et l’échange, il entrave le lien social et favorise les comportements incivils: il devient un espace public incivil dont les caractéristiques négatives peuvent être identifiées.

En premier lieu, l’absence ou la faiblesse de services publics, d’équipements scolaires, culturels, postiers, sportifs, sanitaires, de commissariat, constitue une carence grave pour la vie de la collectivité. L’infrastructure commerciale, formée surtout de grandes surfaces, est nuisible aux petits commerces, lieux d’échange quotidiens. Le manque de transport public, la desserte interne inexistante ou insuffisante: l’accessibilité limitée réduit ces quartiers à des enclaves repliées et fermées, que l’absence de mixité sociale, ethnique, et la ségrégation urbaine transforment en espaces communautaristes de relégation. (…)

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