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Du sadisme au texte et de son usage vivifiant

Lina BALESTRIERE - Psychanalyste, Présidente de l’École belge de Psychanalyse, Co-directrice du Service de santé mentale Le chien vert à Bruxelles, Formatrice au Centre de formation aux cliniques psychanalytiques (Université catholique de Louvain).

Année de publication : 2011

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Psychologie

Rhizome n°41 – Le prendre soin a-t-il encore une langue? (Avril 2011)

Une éminente collègue me faisait part récemment de sa position critique par rapport à la psychanalyse : elle opposait théorie et pratique psychanalytiques, disant combien le corpus théorique psychanalytique lui semblait se scléroser et s’enfermer dans le commentaire infini de l’Auteur (Freud, Lacan, Klein, Bion…) alors que la psychanalyse comme traitement restait vivante grâce à l’inventivité des praticiens. La théorie psychanalytique s’acheminerait-elle vers la sclérose et la mort en opposition à la langue vivante de la pratique psychanalytique ?

Telle n’est pas ma position, la langue théorique demeurant pour moi un objet d’investissement incontournable, un ressourcement permanent et un plaisir de recherche constant qui nourrit ma position d’analyste et mon entendement.

L’attaque au texte

C’est que je suis profondément convaincue que le rapport vivant au texte prend toujours la forme d’une recherche. Il s’agit d’une expérience pulsionnelle de plaisir de pensée, de connexion avec cette pulsion épistémophilique dont Freud a parlé, faite de curiosité et de plaisir d’attaque au corps textuel. L’attaque au corps du texte me paraît centrale pour une lecture qui soit à la fois proche du texte et porteuse de notre propre recherche. J’emploie le terme fort d’attaque pour rendre sensible ce qui du sadisme et du plaisir sadique s’y trouve engagé : ce sont en effet les motions sadiques et le plaisir qu’elles engendrent qui portent l’attaque au texte. Et il est nécessaire que ce soit ainsi. Ce que tu as hérité de tes pères, acquiers-le pour le posséder : cette phrase de Goethe que Freud aimait citer dit à la fois la transmission et le nécessaire travail d’appropriation de ce qui est transmis. Or, la véritable acquisition n’est jamais passive et le terme d’actif ne convient pas davantage à la qualifier. Il s’agit bien plus de mettre en œuvre et de soutenir les motions de lacération du texte, de sorte à le démembrer, à le mettre en pièces, pour ensuite – et seulement ensuite – procéder à la ré-articulation, au ré-assemblage des morceaux. L’attaque au corps du texte est ce qui permet de rentrer en contact intime avec le texte, le texte dans sa chair. Ce n’est qu’alors que le texte peut être revivifié, recevoir une nouvelle vie. Et cette nouvelle vie est celle qui est porteuse de notre style propre, de notre inflexion particulière ouvrant à d’autres questions et à d’autres articulations. (…)

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