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Les maux et les choses : figures et destins du travail de deuil dans la syllogomanie

Adrien PICHON - Psychologue, Orspere-Samdarra Lyon

Année de publication : 2017

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Psychologie

Rhizome n°64 – Ces morts qui existent (Juin 2017)

L’épreuve de la perte s’impose à chacun comme une dimension inévitable de notre condition de vivants, liés par de puissants liens affectifs et sociaux à d’autres vivants. Il est ainsi devenu courant d’associer l’émergence des rites funéraires à la « naissance » de ce que nous reconnaissons comme l’Humanité. Ce poncif manque de nuance mais il pointe l’importance dans le « devenir humain » de la transformation de l’expérience de la perte, de son élaboration et à travers elle, de son intégration dans le champ culturel, artistique, spirituel, indissociable d’une créativité proprement humaine qui en serait tout à la fois le signe et l’horizon. Freud a fondé une large part de sa théorie sur la question de l’absence, les destins de son intégration et de ses conséquences pour le sujet, au sein de l’appareil psychique. Appauvrie et détournée par le sens commun, cette proposition s’est ainsi muée en une forme d’injonction à « faire son travail de deuil », comme si un tel processus s’indexait sur la volonté du sujet, sur une aptitude rationnelle à accepter, en adulte, la perte et surmonter dignement la douleur qu’elle inflige(2). Sans nier bien évidemment la réalité du deuil pathologique, une telle conception porte en elle le risque de normer à l’excès un processus qui n’a rien dévoilé de ses mystères et de son idiosyncrasie. En 1908 déjà, Freud avait posé ses distances avec une telle conception : « A vrai dire, nous ne pouvons renoncer à rien, nous ne faisons que remplacer une chose par une autre ; ce qui paraît être un renoncement est en réalité une formation substitutive ou un succédané »(3). On voit bien ici, en nous invitant à considérer le processus de deuil à l’aune de la transformation de l’expérience, de la créativité, à quel point Freud est loin de la conception austère du deuil, comme acceptation adulte et raisonnable de l’épreuve de la réalité de l’absence, sur laquelle sa pensée, et le courant psychanalytique en général, ont été bien trop souvent rabattus. (…)

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