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Le silence de Ham

Jean-Pierre MARTIN - Psychiatre chef de service, Hôpital Esquirol, Saint Maurice

Année de publication : 2008

Type de ressources : Rhizome - Thématique : Psychiatrie, TRAVAIL SOCIAL, SCIENCES MEDICALES, PUBLIC PRECAIRE

Rhizome n°32 – Lieux d’asile en milieu hostile (Octobre 2008)

Ham est une jeune femme qui arrive dans un service de psychiatrie il y a maintenant 10 ans. Son mutisme est assourdissant. Quand vous la rencontrez elle vous dit seulement « ça va ? » sans qu’un échange puisse se construire. Maghrébine, sans document pour l’identifier, manifestement à la rue avec des passages à l’acte de bris de glace sur la vitrine d’un commerce. Dans le service elle reste sans contacts, apeurée, dans le refus de se laver et mangeant à part. Progressivement, après de multiples fugues et de réadmissions en hospitalisation d’office, elle s’installe à l’hôpital comme dans « sa maison ». Cette position met en échec tous les projets de sortie et laisse l’équipe hospitalière dans la frustration. Aussi les nécessités de gestion de lits amènent la sortie de Ham avec sa venue une fois par semaine à l’hôpital, une exclusion à mi-chemin. D’ailleurs, elle ne disparaît pas, bien au contraire ; elle s’installe sur un banc dans un square sur le chemin de l’hôpital et salue les soignants qui passent. Le banc s’est substitué au trouver asile dans un lieu de soin.

Avec le silence de Ham la psychiatrie est directement confrontée à la dégradation du sens de la fonction d’asile, ici alimentée par l’échec à l’accepter hors du sens actuel donné à une hospitalisation : séjour qui doit faire la preuve de son efficience par un résultat de socialisation, ou pour le dire autrement le renoncement de la patiente à une défense sans doute vitale pour elle, le silence d’une parole non élaborée et le refus de quitter l’asile de « la maison ».

Comment aborder cette fonction d’asile, alors que l’histoire des institutions asilaires a démontré leur violence comme enfermement ?

Dans Asylum, Erving Goffman décrit sociologiquement la « carrière » du malade mental par l’enfermement dans la perte d’identité, sa réduction à l’objet symptôme psychiatrique, à un matricule pour un séjour interminable contraint dans l’asile, dans la collusion du psychiatre avec l’administrateur dans laquelle la parole du patient est barrée au profit d’un discours aliénant sur le patient. La rupture avec « trouver asile » est manifeste. Aujourd’hui cette rupture s’inscrit dans la médicalisation qui fixe les indications et les durées de séjour à l’hôpital. (…)

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