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Entre critique et poésie, les catégories

Bruno PINCHARD - Professeur de philosophie, Université Lyon 3

Année de publication : 2007

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Philosophie

Rhizome n°26 – Ordonner le réel sans stigmatiser (Mars 2007)

Souvenons-nous que “catégorie” dans la langue des philosophes s’est dit un temps “prédicament” et lisons cet aveu déconcertant pour notre temps : « Mon plus grand plaisir était dans ce que l’on appelle les prédicaments, qui me semblaient être un inventaire de toutes les choses du monde[1] ». Le propos n’est pourtant pas le fait d’un débutant, mais de Leibniz lui-même racontant sa jeunesse de logicien prodige.

Je ne saurais dire si Aristote a conçu sur ce mode sa tâche lorsqu’il a inventé sa théorie des catégories, nouant au cœur même des actes du langage l’être et la pensée, mais je suis persuadé que les pensées de Leibniz, devenue avec le temps insolentes, sont bien là pour nous secouer, pour nous libérer de notre défiance à l’égard du langage des hommes.

Ce serait bien mal connaître les catégories de notre esprit que de les confondre avec un lit de Procuste[2] qui contraindrait un réel vulnérable à l’excès à entrer sous des prises étrangères. Ou plutôt c’est sentir encore peser sur soi la terreur des idéologies et confondre la catégorisation autoritaire avec l’inventivité des idées. Car au fond qu’est-ce que la catégorisation si ce n’est l’évaluation attentive d’une chose et la tentative de retrouver son unité à travers la diversité des facettes qu’elle livre à notre réflexion. Notre temps préfère la critique à la catégorie. Mais si la critique est un acte de décomposition de son objet qui ne connaît pas de borne, le concept à l’œuvre dans la catégorie sauve ce même objet de sa propre pulvérulence et lui restitue une unité nouvelle, une unité dans l’esprit, à la fois plus stable que la présence toujours fuyante des êtres plongés dans le temps et plus universelle que la suite de ses moments. Et soudain la catégorie permet à chacun d’entre nous de hisser sa pensée à cette dimension d’universalité qui se confond avec sa vocation à la liberté. (…)

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