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Dépressions et suicides dans le monde des petits paysans

Michèle SALMONA - Enseignante en psychologie du travail et cofondatrice du CAESAR (Centre d’anthropologie économique et sociale : applications et recherches à Paris X)

Année de publication : 2007

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Psychologie

Rhizome n°28 – Ruralité et Précarité (Octobre 2007)

Le monde des petits paysans a été livré, comme le monde des ouvriers et employés de l’industrie et des services, à des changements radicaux porteurs de conséquences spectaculaires : la mécanisation, puis la mise en gestion (en 1970) en même temps que l’utilisation massive des produits chimiques (engrais, pesticides, herbicides…), l’informatisation etc… Toutes ces révolutions dans le travail entraînèrent des questions multiples de santé : accidents du travail, maladies, dépressions, suicides ; dès les années 65, ces questions de santé, en particulier de santé mentale, se profilaient déjà dans les zones de Piémont et de montagne.La modernisation de l’agriculture était facilitée par une politique d’incitation économique,

Une situation paradoxale : le productivisme au quotidien

Les petits paysans étaient obligés d’adhérer aux injonctions des conseillers, concernant le travail, pour obtenir les aides économiques : ils désiraient « passer la barre » de la modernisation et survivre. Ils découvraient par ailleurs que, malgré les méthodes scientifiques adoptées et les prêts bonifiés obtenus, les résultats ne coïncidaient pas toujours avec les objectifs déclarés par les organisations agricoles. Le travail ne diminuait pas et devenait plus rapide et méticuleux. Quant à l’augmentation régulière du profit, elle apparaissait incertaine malgré l’effort consenti. Cette situation de double contrainte, où aucune réponse n’est bonne, amena les petits paysans à subir de plus en plus difficilement la politique productiviste et à en payer les conséquences, en particulier sur la santé mentale. En effet, depuis l’après-guerre, la mise en place de la politique de modernisation de l’agriculture en France a contribué à l’élaboration de pratiques et données scientifiques qui ignoraient le « vif du travail » selon l’expression de Christophe Dejours. Elles déniaient à l’activité dans le travail paysan, toute la part de sensations, d’émotions, d’intuitions, de patience, et de répétition permettant de mener à bien des métiers, où l’aléa lié au Vivant (l’animal bouge, réagit), au temps (la pluie, les orages, la sécheresse) sont difficilement maîtrisables, où les risques d’épidémies dans les élevages, de maladies dans les cultures ou l’arboriculture, sont permanents. La sociologie rurale laissa de côté l’étude de ces cultures paysannes, du travail et de ces métiers, plus proches de la Mètis[1], que de la raison pratique.Même les jeunes paysans évoquent les questions de déculturation brutale qui, ajoutées à « l’endettement obligé » pour s’inscrire dans la modernité, à la pression de plus en plus grande de cet endettement sur la vie quotidienne, ont été un des éléments déterminants de la dépression et du suicide de ces vingt dernières années. (…)

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