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Tous des victimes ? Ponctuations sur l’idéologie victimaire

Saül KARSZ - Philosophe, sociologue, Dirige le Séminaire “Déconstruire le social” (Sorbonne)

Année de publication : 2003

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Sociologie, Philosophie

Rhizome n°12 – La victimologie en excès ? (Juillet 2003)

“Les cinq blessés du train régional ont été brièvement hospitalisés après avoir été pris en charge par une cellule psychologique”, relate Le Monde. D’abord la prise en charge psychologique et ensuite, seulement, l’examen médical : la victimologie s’y déploie, qui, prise à la lettre, désignerait “la science des victimes et des victimaires”.

A l’encontre des conceptions religieuses, qui font des victimes les destinataires nécessaires d’une irrépressible fatalité, et des victimaires les prêtres sacrificateurs au service de la Cause, il s’agit de victimisation, “ensemble des conséquences médicales, juridiques, socio-économiques, professionnelles, psychologiques d’un accident traumatique”[1]. On entend passer de la destinée préétablie à la connaissance scientifique, à la prise en charge aussi complète que possible, voire à une éventuelle prévention. Démarche exhaustive, sans reste : à lire l’énumération ci-dessus, il est difficile d’imaginer quelles conséquences ou quels phénomènes la victimologie ne traiterait pas.

C’est là, justement, un premier trait constitutif : sa vocation omni-compréhensive. D’où un parcours au travers de la psychanalyse, des thérapies comportementalistes, de la médiation pénale, du droit, de la réparation financière, du travail de deuil, du fonctionnalisme sociologique, de l’idéalisme philosophique, de la criminologie, de la systémie… Certes, cet ensemble s’avère on ne peut plus disparate, ses composantes coexistent difficilement, ou relèvent de registres tout à fait hétérogènes. Loin d’être un inconvénient, c’est là une exigence sine qua non : le patchwork constitue le deuxième trait de la victimologie. Celle-ci n’est guère soucieuse ni de définitions précises ni de rigueur conceptuelle. C’est pourquoi toute contribution y est la bienvenue, – si toutefois elle sert à éclairer un aspect de la condition de victime. Car le patchwork n’est pas une simple accumulation, mais un agencement relativement précis autour d’un personnage central : la victime. Sans victime, pas de victimologie. Rien de l’humain ne lui est étranger, mais il faut qu’il y ait quelque part de la victime et du victimaire, ce dernier étant le plus souvent une ancienne victime ou une victime potentielle. (…)

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