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Lien social et insécurité : (de quoi) faut-il avoir peur ?

Laurent MUCCHIELLI - Sociologue et historien, Chercheur au CNRS, Enseignant à l’université Versailles/Saint-Quentin en Yvelines, Directeur du Centre de Recherches Sociologiques sur le Droit et les Institutions Pénales (CESDIP)

Année de publication : 2006

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Sociologie

Rhizome n°23 – Danger, dangerosité et peurs : récuser le pouvoir prédictif (Juillet 2006)

L’« insécurité » occupe une place centrale dans la société française, à la fois comme peur, comme plainte, comme sujet de débat et comme objet de mobilisation des pouvoirs publics. Dans un contexte de désenchantement du monde et de perte de crédibilité des élites, l’avenir est devenu incertain. Si l’on y ajoute la précarité d’une frange grandissante de la population, le développement d’un processus de « ghettoïsation » – processus contraint et subi dans les quartiers populaires, processus visant à la recherche d’un entre-soi protecteur dans les zones péri-urbaines ou sélectif dans les quartiers huppés des centres-villes – et l’affaiblissement de nombreuses formes de solidarités, l’avenir est aussi devenu inquiétant. Dès lors, le sensationnalisme médiatique et la démagogie d’une bonne partie de la classe politique aidant, il n’est guère surprenant qu’une partie de la population exprime fortement un sentiment d’insécurité et que quelques actes de violence spectaculaire (tel crime particulièrement sordide) ne reçoivent d’autre signification que celle d’une menace de destruction imputable à la « barbarie », à la folie ou à la méchanceté foncière de leurs auteurs.

Que savons-nous de la nature, de l’intensité et de l’évolution de cette « violence », à la lumière des évolutions qui travaillent réellement la société française ? Contrairement aux stéréotypes ambiants, les violences physiques ne constituent pas le cœur de la délinquance et des risques de victimation qu’elle entraîne pour nos concitoyens. Par exemple, dans une enquête réalisée sur la région Ile-de-France en 2001, avec un échantillon représentatif de 10 500 personnes, près d’un quart des ménages déclarent avoir subi au cours des trois années précédentes un vol ou un cambriolage, tandis que moins de 0,5 % des personnes déclarent avoir subi une agression ayant entraîné un dommage corporel[1]. Qui plus est, près de la moitié des agressions déclarées sont liées en réalité au vol ou à sa tentative. C’est donc là qu’est le cœur de la délinquance. Avec ou sans violence, le principal risque dans notre société est de se faire voler des biens, dans son commerce, chez soi ou dans l’espace public : voiture, scooter, argent, téléphones portables, lecteurs de CD, bagages, ordinateurs, jeux vidéos, etc. Et c’est aussi là que réside la principale évolution des cinquante dernières années. (…)

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