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Ne pas déranger

Alain MERCUEL - Psychiatre, Saint-Anne, Paris

Année de publication : 2004

Type de ressources : Rhizome - Thématique : Psychiatrie, SCIENCES MEDICALES, PUBLIC PRECAIRE

Rhizome n°14 – Violences à la personne (Janvier 2004)

Les personnes exclues, Sans Domicile Fixe, Sans Résidence Stable, Sans Toit, … en un mot, vivant dans la rue, traversent des situations de violence qui se déclinent sous plusieurs formes : individuelles, entre groupes, réactionnelles, de comportement de survie, liées au racket, générées par les divers toxiques… Mais il en existe une, parmi elles, peu décrite et pourtant souvent présente : la violence ressentie lors de la rencontre avec un accueillant, un aidant de toute sorte.

« Vous comprenez, quand vous êtes chez vous et que sans cesse tous les quarts d’heure, quelqu’un, les associations, les policiers, les voisins, les curés, les syndicats, le maire, les bienfaiteurs de tous poils… tous viennent tour à tour vous demander si vous n’avez besoin de rien, et bien cela doit devenir gênant à la longue. Pour nous, à la rue, c’est pareil : vous n’avez pas faim, vous n’avez pas froid, où en est votre RMI, ce n’est pas bien de boire autant, il faudrait se protéger, …maintenant je les envoie paître ». La question soulevée est celle de la qualité des réseaux de soutien et de la fluidité des échanges informatifs sur la situation de telle ou telle personne. Plus le réseau est efficace moins ce type d’interventions sans lien se produira. D’où l’intérêt de se parler avant d’écouter…

« Je me suis rendu compte que depuis que je suis à la rue, j’ai changé de caractère. J’étais assez facile à vivre avant, bien sûr j’avais des coups de gueule comme tout le monde mais j’aimais bien rencontrer mes amis, bavarder, d’ailleurs ils me trouvaient agréable, mais je le sens bien maintenant, je suis désagréable avec les gens. Ils nous prennent pour des chiens : allez, fais le beau, viens à la niche, il fait chaud dedans et tu auras un petit susucre dans ton café. Il y en a marre de ces cafés-hameçons, on est piégé. Au début on ne se rend pas compte, on y croit à leur hébergement, mais ce qui est le plus dur à supporter c’est le décalage entre ce qui nous est présenté par ceux qui se penchent sur nos cartons, qui nous disent que cela sera mieux dans un centre et quand on y est, bien sûr, on se fait tout piquer mais le problème c’est surtout qu’on est parqué, on nous manque de respect, on est dominé, ils sont dominants. (…)

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