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Processus de précarisation au féminin

Nathalie FRIGUL - Sociologue, Inserm E9905, CRESP, Université Paris XIII (Bobigny)

Année de publication : 2001

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Sociologie, PUBLIC PRECAIRE

Rhizome n°4 – Précarité visible, précarités invisibles (Mars 2001)

Certaines figures contemporaines de la grande précarité sont maintenant communément désignées. On pense bien-sûr ici aux “ sans domicile fixes ”, dont les pathologies mentales (alcoolisme, dépression, psychopathie, suicide) restent l’image la plus répandue de leur mauvaise santé. Cependant, il est un visage de la précarité moins (re)connu, parce que sa nature sociale elle-même est d’être dissimulée au regard de tout un chacun. Les conditions de vie nouvelles imposées aux hommes et aux femmes dans l’emploi sous l’effet des transformations du travail (1) engendrent, on l’oublie souvent, des souffrances psychiques dont l’ampleur et les formes sont encore aujourd’hui peu étudiées. La précarité du travail au quotidien se vit à travers les bouleversements sociaux qu’a entraînés la flexibilisation du travail et de la production. L’apologie de cet outil économique passe sous silence le coût social et familial qu’il représente pour celles et ceux qui y sont le plus soumis. La gestion des stocks à flux tendu, l’annualisation du temps de travail et leurs gains de productivité ont des conséquences : des amplitudes de journée de travail irrégulières caractérisées par leur allongement (quelquefois jusqu’à 10 ou 12 heures en continu) et leur fragmentation en tranches horaires œuvrées de trois ou quatre heures, l’augmentation du travail de nuit et des week-ends ; autant de pénibilités et de contraintes de travail qui font vivre une part importante de la population active à revers des rythmes sociaux et familiaux des enfants et du conjoint. L’intensification du travail, avec par exemple l’extension de la polyvalence, l’accroissement des charges de travail et des pressions temporelles, le raccourcissement des délais ou des cadences entraînent des formes de surmenage, de fatigue physique et nerveuse voire des accidents du travail (2) dont les effets délétères sur la santé mentale et la qualité de vie sont largement sous-estimés.

Le temps partiel notamment, qui touche particulièrement les femmes, est une forme de contrainte temporelle subie qui loin de les satisfaire et quoiqu’en dise le sens commun, les obligent à une disponibilité plus grande à l’entreprise, aux détriments de la vie familiale. C’est par exemple le cas des caissières d’hypermarchés mais aussi celui des ouvrières du nettoyage industriel et urbain ou des infirmières. La précarité sociale particulière liée à ces situations professionnelles s’inscrit dans la réalité des conditions de travail d’une part, dans celle de la condition féminine d’autre part. Dans le couple, les femmes ont encore massivement à charge l’organisation familiale et domestique. Celle-ci entre en contradiction avec les exigences d’un travail salarié féminin qui s’inscrit sur l’envers de l’emploi du temps des autres (travail de nuit, en horaires décalés ou fractionnés qui obligent à des temps de présence dans l’entreprise plus longs que le temps de travail lui-même rendant par exemple impossible, pendant la coupure d’une heure et demie, le retour au domicile). Ensuite, leur participation sociale au travail salarié est peu valorisée: à emploi égal, les salaires, les qualifications restent moins élevés pour les femmes que pour les hommes. Les smicardes sont aussi deux fois et demie plus nombreuses que les smicards. Enfin, elles se retrouvent plus facilement en contrats précaires, à temps partiel et au chômage (3). Ici, les processus de précarisation féminine sont peu questionnés en regard des parcours professionnels. (…)

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