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Edito

Jean FURTOS

Année de publication : 2005

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SANTE MENTALE, PUBLIC MIGRANT, Demandeurs d'asile, Réfugiés

Rhizome n°21 – Demandeurs d’asile, un engagement clinique et citoyen (Décembre 2005)

L’hospitalité internationale garantie par la convention de Genève de 1951 en vue de l’obtention du statut de réfugiés est malmenée. Heureuse époque, si l’on peut dire, où les demandes des transfuges de l’ex Union Soviétique ou du Chili du général Pinochet étaient accueillies avec empressement ! « Dès que le réfugié a commencé à différer par sa couleur, sa religion, son mode de vie, et que sa figure s’est confondue avec celle de l’ex-colonisé[…], l’image du combattant pour la liberté s’est disloquée pour laisser place à la suspicion, à la présomption de fraude et de tricherie qui désormais enveloppe le demandeur d’asile… » (Zohra Harrach) De fait, la protection contre les violences d’Etat s’est transformée en son contraire : ce sont les demandeurs d’asile qui font violence au pays d’accueil et qui doivent apporter la preuve de ce qu’ils ont subi. Le problème n’est pas quantitatif malgré l’impression d’envahissement ressentie par une partie de l’opinion publique : un peu plus de 50.000 demandes d’asile et 109.852 réfugiés statutaires en France pour l’année 2004. Cela nécessite un dispositif certes conséquent, qui n’est pas en proportion exorbitante par rapport aux 11.500.000 réfugiés et demandeurs d’asile comptabilisés de par le monde cette même année. Il est vrai que l’absence d’une véritable politique de l’immigration facilite l’amalgame entre le dossier de l’asile et celui de l’immigration clandestine, entre les deux malheurs de la fuite de la persécution et de la fuite de la misère, et l’on aboutit au constat douloureux de remise en cause des principes de la convention de Genève ; pour prendre un seul exemple, un Etat de droit, comme la France, répudie en 1991 l’autorisation de travailler qu’il avait consacré en 1975, conformément à ladite convention qui stipule que le demandeur d’asile a d’emblée les mêmes droits que le réfugié.

Autour de la présence de l’étranger se condense un climat authentiquement paranoïaque qui dénature le droit d’asile et interroge notre capacité à vivre ensemble. Que devient un homme non reconnu comme tel par ses semblables du côté de ses droits et de sa place sur la scène publique ? Et ses enfants ? Et que deviennent tous ceux qui vivent dans la méfiance de l’étranger ? Un tel climat produit de la haine, immobilise l’intelligence et s’accompagne de psychorigidité identitaire avec un déni de la réalité. On imagine quelle catastrophe anthropologique serait la transformation soutenue d’une altérité souffrante en une clandestinité coupable ! (…)

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