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Explorer les liens entre psychose et traumatisme. Mémoires, p. 12-13

Halima ZEROUG-VIAL

Année de publication : 2016

Type de ressources : Articles scientifiques - Thématique : Psychiatrie, SCIENCES MEDICALES, PUBLIC MIGRANT

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Propositions de questions sur la folie

Concernant les rapports de la folie avec le trauma lié à la violence politique, c’est au psychiatre que je voudrai m’adresser. Face au traumatisme lié à la torture et la violence politique, est-ce que la question de la structure, du diagnostic différentiel (névrose/psychose) reste un outil de repérage dans votre pratique ? Et notamment dans l’administration d’un traitement ?

Dans ma pratique de psychiatre, je suis amenée à rencontrer des patients présentant des troubles post-traumatiques liés à la violence politique et à la torture. J’ai bénéficié d’une formation intégrative multi-théorique. Toutefois je m’appuie essentiellement sur les écrits de psychiatres français (François Lebigot, Louis Crocq…) qui n’appréhendent pas le traumatisme uniquement à travers le concept de stress. Tout en ayant une approche structuraliste ils se sont attachés à intégrer différentes dimensions et ont une approche beaucoup moins restrictive que le DSM. Cependant dans sa dernière version, le DSM5 a tenté d’inclure de nouvelles dimensions cliniques dans l’état de stress post-traumatique tels par exemple les troubles cognitifs ou la présence de la honte ou culpabilité.

On cite souvent comme expression parfois spectaculaire du traumatisme psychique les symptômes ou épisodes dissociatifs. Pouvez-vous expliquer à quoi cela fait référence ? Existe-t-il d’autres manifestations qui peuvent conférer à ces souffrances un caractère d’étrangeté ou énigmatique mais qui peuvent pourtant s’inscrire comme un effet direct de la violence politique et du traumatisme ?

L’impact traumatique peut tout à fait se manifester par des épisodes dissociatifs. Ce sont des états de conscience modifiée probablement destinés à soustraire la victime de la violence de la situation vécue. Le sujet peut avoir le sentiment que ce qui l’entoure n’est pas réel (déréalisation), ou le sentiment d’être déconnecté de soi même (dépersonnalisation). C’est Pierre Janet qui a été un des premiers à les décrire et à les modéliser. Ces états dissociatifs sont de plus en plus investigués notamment dans les pays anglo-saxons. On distingue la dissociation péri-traumatique ou per-traumatique selon Crocq dans les suites immédiates du traumatisme et la dissociation post-traumatique. Cependant ces états dissociatifs sont à différencier de la dissociation psychotique qu’on retrouve dans la schizophrénie par exemple où là on assiste à une désorganisation profonde de la pensée, du rapport à soi et au monde. (…)

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