Vous êtes ici // Accueil // Publications // De l’interprétariat dans le soin des patients allophones : Réflexions autour de la formation, les enjeux de professionnalisation et de reconnaissance des interprètes en santé.

De l’interprétariat dans le soin des patients allophones : Réflexions autour de la formation, les enjeux de professionnalisation et de reconnaissance des interprètes en santé.

Aurélie BONNEAUD

Année de publication : 2016

Type de ressources : Mémoires et thèses - Thématique : SANTE MENTALE, SCIENCES HUMAINES, Sociologie, PUBLIC MIGRANT

Télécharger le PDF

Préambule

Colloque Interculturalité et soin le 20 novembre 2014, intervention de Gabriel URIBELARREA, doctorant en sociologie et Aurélie BONNEAUD, assistante sociale, « Intercompréhension et reconnaissance dans l’accompagnement aux soins des personnes sans domicile – l’exemple de l’équipe mobile du Réseau Social Rue Hôpital ».

« Mr Scargo, 40 ans, est polonais et ne parle pas français même s’il comprend certains mots. Il parle un peu l’anglais. Je ne parle pas le polonais. Nous communiquons dans un mélange de français, d’anglais, d’écritures et de dessins. Il y a 4 mois, Mr Scargo s’est fracturé le poignet. Après avoir écourté son séjour aux Lits Halte Soins Santé où je l’avais orienté, il est reparti dans la rue. Accompagné par une collègue du Samu Social, il a pu retirer son plâtre aux urgences. Deux semaines plus tard, nous partons en maraude à sa recherche. Nous le retrouvons à une station de tramway. Nous remarquons d’emblée l’aspect de son poignet : gonflé, tordu. Il nous confirme que c’est douloureux et par des gestes nous fait comprendre que « ça le lance ». Il a eu mal toute la nuit. Il précise qu’il n’est pas tombé. Nous commençons à lui expliquer qu’il faut qu’il montre son poignet à un médecin. Il refuse catégoriquement. Nous commençons à négocier en lui expliquant qu’il « ne peut pas rester comme ça, à avoir mal ». (…) Mr Scargo me fait signe de la tête « non pas hôpital », « pas dormir hôpital ». Nous lui expliquons qu’il ne sera pas contraint de rester dormir s’il ne le souhaite pas. « Hôpital not good, not good », lâche-t-il bruyamment en faisant des grands « non » de son bras encore valide. Essayant de désamorcer la tension émanant de ce refus catégorique je lance : « I’m working in this hospital, there’s good people too ». Il rit et acquiesce. Il acceptera finalement d’être accompagné aux urgences. »

Avant de commencer cette recherche, l’interprétariat dans le soin n’était pas un domaine totalement « étranger » pour moi. Dans ma pratique professionnelle d’assistante sociale, j’ai travaillé auprès de personnes ne maîtrisant pas la langue française dans différentes situations et suivant différentes missions (accompagnement aux soins de personnes « sans abris », aide au récit dans la demande d’asile, entretien social, etc.). Il m’est arrivé d’accompagner des personnes dans des consultations médicales et je me suis trouvée en position de « tiers », ayant pour rôle d’expliquer le soin au patient et le « social » au médecin pour que celui-ci adapte le soin aux conditions de vies du patient.

Au fil de ces expériences, j’ai pu rencontrer une diversité des formes d’interprétariat possible (professionnels, personnels soignants bilingues, membre de la famille, compatriote au téléphone, etc.) et mobiliser les différents outils de traduction informatique (« tradumed », « Google trad », etc.) dont j’ai toujours une des applications sur mon téléphone. J’ai aussi connu les nombreuses « galères » de l’interprétariat par téléphone, que je mobilisais souvent dans les situations d’urgences (mettre à l’abri une femme victime de violence conjugale, accueillir un mineur isolé étranger, etc.). (…)

Publications similaires

Le mentorat de rétablissement : introduction d’un programme de formation médicale et d’une approche de e-learning pour-et-par les usagers

Canada - rétablissement - formation - usager

Jean-François PELLETIER, Michael ROWE et Larry DAVIDSON - Année de publication : 2017

Participation des patients à la formation médicale

formation - participation - savoir expérientiel

Nicolas LECHOPIER - Année de publication : 2015

Etre psychologue psychothérapeute en Allemagne

formation - Allemagne - professionnalité