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Éléments pour une approche écologique du travail des interprètes auprès de migrants

Anne-Sophie HAERINGER - Sociologue, enseignante-chercheure, Université Lyon II, PoCo-CMW (UMR 5283, CNRS), ANR Remilas, Orspere-Samdarra, Lyon

Année de publication : 2020

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Linguistique, PUBLIC MIGRANT

Rhizome n°75-76 – Pair-aidance, interprétariat et médiations (mars 2020)

« C’est mal traduit ! », telle est l’une des premières exclamations que la projection d’un extrait vidéo d’une consultation médicale réunissant une psychologue, une interprète et un patient angolais a suscitées chez une interprète lusophone qui participait à une formation portant sur « l’interprétariat en santé ».

« Ça fait peur ! », telle est la réaction d’un médecin qui découvre, lors d’une de ces formations, l’écart qui existe entre ce que la psychologue dit en français et ce qui est traduit en portugais au patient.

Pourtant, ces écarts ont été repérés depuis longtemps par tous ceux qui s’intéressent à la traduction. Ils constituent le cœur même de cet art et ont, à ce titre, fait l’objet de nombreux déploiements théoriques, que l’on songe, entre autres, aux travaux de Barbara Cassin sur la « barbarie » des « intraduisibles » qui visent à « compliquer l’universel » et à résister à la réduction du pluralisme des langues (2016). Est-ce à dire qu’il y aurait écart et écart ? Que les interprètes et les soignants que je rencontre adhéreraient au contraire à une conception (à la fois très pauvre et politiquement problématique) de la traduction comme identification et mêmeté, qui se doit de surpasser les différences et de produire le même discours dans une autre langue ? Y aurait-il un traitement différencié de la traduction suivant que l’on se situe dans un cadre poétique et littéraire, ouvert à la créativité, voire à la part d’auteur du traducteur, ou dans un cadre social ou médical attaché au sens littéral, où il s’agirait seulement d’interpréter ? (…)

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