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Une expérimentation pour réduire les incarcérations des personnes en grande précarité présentant des troubles psychotiques sévères

Claude-Olivier DORON - Chercheur en histoire et philosophie des sciences, Université Paris Diderot, Ancien chargé de mission exploratoire Médecins du Monde

Année de publication : 2015

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Philosophie

Rhizome n°56 – Prison, santé mentale et soin (Avril 2015)

En 2011, Médecins du Monde, à l’initiative du Dr V. Girard, a engagé une recherche-action pour élaborer un dispositif réduisant les incarcérations de personnes en grande précarité, ne disposant pas de logement stable et présentant des troubles psychotiques graves, notamment schizophrènes. Il s’agissait, en prenant pour terrain la région marseillaise, d’identifier les facteurs institutionnels expliquant une potentielle sur-incarcération de ces personnes, et le moyen d’y remédier.

Si le croisement incarcération/sans-abrisme/troubles psychiatriques est bien établi au niveau international, les données dont on dispose en France sont plus maigres. On sait que les troubles psychiatriques sévères sont surreprésentés en prison (Falissard, 2004), chez les sans-abri (Laporte & Chauvin, 2010), et que le public des prisons est massivement composé de personnes en très grande précarité (Guilonneau, 2001). Mais on s’est peu intéressé jusqu’ici au croisement de ces variables[1], même si le ressenti des praticiens, les entretiens avec les sujets concernés et des études de parcours semblent l’établir. Ce manque s’explique par le fait qu’on a préféré, en France, se concentrer sur la prétendue radicale raréfaction des non-lieux psychiatriques en matière criminelle ou sur des facteurs incantatoires comme la baisse des lits d’hospitalisation ou le rôle du néo-libéralisme et de l’Etat pénal, pour expliquer la prévalence des troubles psychiatriques en prison. Nous manquons en particulier d’études précises sur ce qui semble pourtant être l’une des voies royales d’entrée de ces malades en prison, notamment pour les publics précaires et de petits délits : la voie garde à vue (GAV) =>comparution immédiate (CI). Voie qui conduit, le plus souvent sans expertise psychiatrique, soit à une peine de prison, soit à une détention provisoire. Les rares études dont on dispose (LDH-Toulouse, 2012 ; Conseil Lyonnais Respect des droits, 2009) laissent nettement pressentir qu’à ce niveau, deux variables jouent comme facteurs d’augmentation du risque d’incarcération : ne pas disposer d’un logement stable et paraître « bizarre » ou « fou » à l’audience. (…)

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