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Peut-on mesurer les complications de santé consécutives à l’entrée dans le logement ?

Loïc BONNEVAL - maître de conférences en sociologie, Université Lyon 2, Centre Max Weber UMR5283

Année de publication : 2014

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Sociologie, PUBLIC PRECAIRE

Rhizome n°51 – Actualité et sens de l’accompagnement au logement (Janvier 2014)

Doit-on s’attendre à des complications de santé consécutives à l’obtention d’un logement dans le cadre de l’accompagnement de personnes sans-abri? La recherche Aspects psychosociologiques et éthiques de l’accompagnement au logement de personnes ayant un long parcours d’errance(1) partait de l’observation, faite par les travailleurs sociaux, d’une dégradation des conditions de santé des personnes suivies après leur relogement. Elle était interprétée comme une décompensation, ou encore comme la conséquence d’un découragement et une perte d’objectifs suivant l’investissement partagé par le travailleur social et la personne suivie pour trouver un logement. Avant d’approfondir les explications, il importait toutefois de vérifier le constat. Nous reprenons ici quelques éléments de la recherche pour présenter la façon dont cette interrogation a été traitée(2).

Mesurer les complications de santé

Pour saisir ces régularités, il importe de partir de ce que l’on sait de l’état de santé avant l’accompagnement. Dans le questionnaire rétrospectif, les accompagnants ont connaissance d’événements de santé pour 28 personnes (4 sur 10 environ). Il s’agit surtout d’hospitalisations [15 dont 3 en hôpital psychiatrique] et dans une moindre mesure de consultations (11, pour moitié avec des généralistes et pour moitié avec des spécialistes). Ces chiffres ne sont pas négligeables, mais pas majoritaires pour autant. Il est toutefois possible qu’ils témoignent surtout du fait que les accompagnants n’ont qu’une information lacunaire au début du suivi.

C’est ce que suggèrent les données de la phase suivante, prospective, qui sont plus précises sur ce thème. Ils témoignent, sur 22 cas, d’une situation de santé jugée assez mauvaise avant l’entrée dans le logement. Avant l’entrée dans le logement, 14 souffrent de pathologies somatiques connues: allant des suites d’une chute à l’hépatite C. 4 suivent un traitement. 6 n’ont pas connu d’événements de santé mais 4 ont été hospitalisés et ont connu des événements nécessitant impérativement un soin d’après l’évaluation de l’accompagnant. 5 présentent des troubles psychiatriques, essentiellement des syndromes dépressifs. Par ailleurs, 16 sur 22 sont vus par les accompagnants comme présentant des problèmes de santé, qu’il s’agisse de « quelques inquiétudes », d’un « mauvais état général» ou d’un « état général très préoccupant », L’état de santé est donc majoritairement assez mauvais avant même l’entrée dans le logement. (…)

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