Vous êtes ici // Accueil // Publications // Rhizome // Rhizome n°48 – Le migrant précaire entre bordures sociales et frontières mentales (Juillet 2013) // Quelques aspects inhabituels de l’habiter chez les migrants précaires

Quelques aspects inhabituels de l’habiter chez les migrants précaires

Jean FURTOS - psychiatre honoraire des hôpitaux et directeur scientifique honoraire de l'Orspere-Onsmp CH Le Vinatier

Année de publication : 2013

Type de ressources : Rhizome - Thématique : Psychiatrie, SCIENCES MEDICALES, PUBLIC MIGRANT

Rhizome n°48 – Le migrant précaire entre bordures sociales et frontières mentales (Juillet 2013)

L’homme habite, il prend place parmi les humains. Pour cela, il lui faut un lieu où inscrire son corps, sa subjectivité, son histoire, sa citoyenneté. S’il ne peut habiter, l’homme ne peut prendre place et cela s’appelle aujourd’hui l’exclusion. L’aider à habiter, cela s’appelle lutter contre l’exclusion.

Mais il faut préciser qu’habiter ne se réduit pas à être logé ; habiter est un acte anthropologique qui consiste à mettre de soi dans un lieu, y investir, s’y investir dans un acte où une place est reconnue comme telle par le socius. A l’inverse, ne pas pouvoir habiter est l’un des signes majeurs du vécu d’exclusion, qui fait partie du syndrome d’auto-exclusion. On pense immédiatement, bien sûr, à l’incurie dans l’habitat, dit « syndrome de Diogène », qui est curieusement assimilé à un trouble obsessionnel compulsif dans le DCM5 [1]. On pense aussi à la difficulté bien réelle de trouver un logement, et parfois même une domiciliation, pour les personnes en précarité sociale, en particulier certains migrants.

Mais dans un sens métaphorique et pourtant bien réel, la notion d’habiter concerne d’autres objets que le logement ; c’est cela que nous allons évoquer en l’appliquant aux migrants sans papier et autre déboutés du droit d’asile dont le pourcentage va croissant par rapport aux demandes. On admettra qu’un sujet, qu’une famille qui a quitté son pays pour des raisons graves (violences d’état, violences interethniques, extrême pauvreté) ne se sent plus chez lui, chez elle, dans son pays d’origine ; mais pas d’avantage chez lui ou chez elle dans le pays d’accueil si l’admission administrative est très retardée ou refusée. Plus là-bas et pas encore ici, le sujet dont nous parlons vit dans un non-lieu où il lui devient difficile d’habiter, avec en sus un temps d’attente désespéré qui devient du même coup un hors temps. Dans ce contexte, nous présentons deux modalités troublées de l’habiter. (…)

Télécharger l’article en version PDF

Publications similaires

Les bricoleurs de la précarité

clinique - précarité - errance - institution - droit

Colette PITICI - Année de publication : 2006

Édito, Le migrant précaire entre bordures sociales et frontières mentales

clinique - précarité - accès aux soins - migration

Christian LAVAL - Année de publication : 2013

Pour renouer la trame… à propos de la temporalité traumatique

clinique - temporalité - enfance - psychotraumatisme