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Migration : les frontières mentales

Jean-Claude METRAUX - pédopsychiatre Lausanne

Année de publication : 2013

Type de ressources : Rhizome - Thématique : Psychiatrie, SCIENCES MEDICALES

Rhizome n°48 – Le migrant précaire entre bordures sociales et frontières mentales (Juillet 2013)

Le terme, la désignation migrants recèle bien des pièges, que j’ai tenté de débusquer dans La migration comme métaphore [1].

Il tend à opposer migrants à autochtones, opposition dans l’air du temps, syntone aux débats politiques. Or nous sommes tous des migrants, si ce n’est dans l’espace, du moins dans le temps.

Même si nous demeurons – un instant – accrochés à la définition usuelle, géographique, de la migration, un bref clin d’œil à nos biographies individuelle et familiale nous oblige à une certaine retenue. Qui vit à l’endroit où ses quatre grands-parents sont nés ?

Mes grands-parents paternels ont grandi dans un petit village, à vingt-cinq kilomètres de Lausanne, ma ville natale. Bled qu’ils ont quitté suite à la faillite de la ferme familiale. Exode rural, exil urbain. Sur fond d’échec d’un projet ancestral. Et ma grand-mère, vite devenue veuve, se retrouva paumée dans la cité, soixante ans durant. Elle ne vivait que pour son village, pour ses habitants, pour son patois en voie de s’éteindre. Et lorsque lui prenait l’envie de mettre le nez à la fenêtre, de regarder son nouveau décor, elle ne pouvait voir que d’infinies alignées de tombes : le cimetière municipal comme unique paysage. Bref, jamais elle ne s’intégra à son nouvel environnement.

Quant à mes grands-parents maternels, ils venaient de La Chaux-de-Fonds, ville horlogère que désertèrent nombre de ses habitants durant la crise des années 30. Comme bien d’autres, ils cherchèrent ailleurs fortune. Fortune au sens de chance. Loterie de la survie. Contrairement à ma famille paternelle, ils s’en sortirent plutôt bien. Du moins en termes d’intégration.

D’un côté comme de l’autre, mes aïeuls, sans aucun doute, furent des migrants. Et qui plus est des migrants précaires, les uns s’en sortant, les autres non. Jamais pourtant ne traversèrent-ils des frontières nationales. Ni n’apparaîtraient comme migrants dans des statistiques démographiques. (…)

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