Vous êtes ici // Accueil // Publications // Rhizome // Rhizome n°8 – La psychiatrie publique en questions. 1er volet Paroles de psychiatres (Avril 2002) // Précarité œdipienne, psychanalyse et psychiatrie publique

Précarité œdipienne, psychanalyse et psychiatrie publique

Bertrand PIRET - Psychiatre, psychanalyste- Strasbourg, Responsable de la Consultation Transculturelle de la fédération de Psychiatrie des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg

Année de publication : 2002

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Psychologie, Psychiatrie, SCIENCES MEDICALES

Rhizome n°8 – La psychiatrie publique en questions. 1er volet Paroles de psychiatres (Avril 2002)

« Le désir est indestructible ». Cette formule lacanienne transformée en dogme reste le credo de nombreux analystes. Il est pourtant clair qu’un certain nombre de personnes, marqué par la « précarité », nous enseigne l’inverse : la demande chez eux a disparu, le désir semble s’être éteint, la parole se réduit et se limite au registre du besoin voire de la survie, le symptôme au sens strict est absent. Nous devons bien nous résoudre à en tirer une conclusion peu orthodoxe : la structuration œdipienne, qui fonde la subjectivité et autorise le jeu de la parole et du désir, est éminemment fragile. Elle nécessite des « conditions de possibilités » dont l’absence induit « une précarité désirante ». […]

La parole et le désir, et donc solidairement l’Œdipe, nécessitent un cadre, un socle, une référence – comme on voudra – grâce auxquels la « souffrance » va pouvoir se dire symboliquement à travers les manifestations du conflit intra-psychique et du symptôme (au sens psychanalytique). Toutes les formes de « précarité » sont susceptibles de porter atteinte à ce « cadre » : précarité économique, sociale, politique, culturelle… Soit tout ce qui va désarrimer, désaffilier, le sujet de ses attaches, déconnectant ainsi, pour reprendre les termes de Pierre Legendre, « le sujet de l’inconscient » et le « sujet politique » dont l’intrication est nécessaire au régime de la vie humaine, à l’institution de l’humain comme sujet, par et dans les « institutions ».

Et la psychiatrie publique dans tout cela ? Son rôle est primordial en ce sens que les personnes concernées ont perdu – ou n’ont jamais eu – les moyens du recours aux soins psychothérapiques dans le système privé et libéral. Il n’est pas nécessaire de s’étendre sur les facteurs évidents qui interdisent ce recours. En outre, la psychiatrie publique représente l’Institution au sens fort ; elle est susceptible d’opérer à travers le message qu’elle adresse à ces populations, la reconnaissance et le rétablissement des affiliations symboliques qui leur font précisément défaut. (…)

Télécharger l’article en version PDF

Publications similaires

L’atelier numérique au CHRS ALC-Réso à Antibes

précarité - accompagnement - numérique

Jérôme STEFANI - Année de publication : 2016

Soigner et prendre soin en contexte de précarité : une préoccupation de la santé mentale et du travail social à l’échelle des territoires (29 novembre 2007)

précarité - accompagnement - accès aux soins - souffrance psychique - care

Orspere-Samdarra - Année de publication : 2007

La «socio-économie de la santé» au défi de la précarité

précarité - justice - économie