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Entre violence de la contrainte et violence de l’abandon

Pierre LAMOTHE - Psychiatre SMPR CH le Vinatier, Bron

Année de publication : 2011

Type de ressources : Rhizome - Thématique : Psychiatrie, SCIENCES MEDICALES

Rhizome n°42 – L’Age post-thérapeutique (Septembre 2011)

Le soin, apporté par des hommes à la souffrance d’autrui, paraît être un des constituants fondamentaux du fonctionnement de l’humanité, même si certains animaux supérieurs en ont acquis la pratique, posant d’emblée la question du rapport entre l’individu et la collectivité sociale au sein duquel il vit. On peut imaginer que l’homme a ajouté la dimension altruiste d’un soin « gratuit », rétablissant la santé et le bien-être de la personne sans considération de ce qu’elle apporte ou coûte à la collectivité par rapport à une réparation utilitaire dont la société escompte le bénéfice de voir tous ses membres en état de fonctionner dans l’œuvre commune. Mais aussi bien du point de vue économique que du point de vue de la perception de plus en plus centrale, à la faveur de la promiscuité grandissante avec la croissance vertigineuse de la population et l’urbanisation non-maîtrisée qui dépasse la taille critique des capacités d’organisation sociale, de la dangerosité potentielle du voisin, des exigences se forment pour que l’homme ne s’appartienne plus tout à fait et doive en quelque sorte sa santé aux autres ; sa santé mentale d’abord, mais se profile aussi la question de sa santé physique avec en filigrane l’idée d’une valeur morale associée à la négligence de chacun de sa propre maintenance qui amène par exemple à clairement stigmatiser le fumeur comme ne jouant pas le jeu de la vie pour les autres.

Depuis le siècle des lumières et l’idée que la folie soit problématique humaine et non plus possession diabolique ou volonté divine, les pratiques autant que les lois n’ont cessé d’osciller entre le respect de la personne jusque dans son droit à être malade et le soin sous contrainte pour son bien malgré elle ou clairement pour le bien de tous.

A certains moments et dans certaines sociétés, cette protection de la personne contre elle-même et de la collectivité dérape dans un idéal de normalisation des comportements, voire des pensées, et parfois les réactions libertaires des psychiatres humanistes se font sur des craintes fantasmatiques de cette dérive, même si elle n’est pas un vrai danger ici et maintenant. (…)

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