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Histoire, trauma et transmission

Benoît FALAIZE - Chargé d’études et de recherches à l’Institut national de recherche pédagogique

Année de publication : 2008

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES

Rhizome n°31 – Reconnaitre les discriminations, dépasser le déni (Juillet 2008)

Emil Michel Cioran[1] le disait pour l’histoire des sociétés humaines : « A l’heure où l’humanité s’essayait au désastre, nul ne l’aurait cru capable d’en produire un jour en série. » De ces catastrophes, l’histoire retient aujourd’hui les traumatismes des guerres et des massacres de masse. En empruntant au vocabulaire de la psychanalyse, les historiens et philosophes observateurs du monde social et de ses héritages les plus tragiques se plaisent à utiliser des notions tels que : « trauma », « refoulement », « amnésie ». Evoquer les souvenirs des temps passés, y compris les plus traumatisants, c’est avoir recours à un récit, à une mise en forme explicite. C’est souvent aujourd’hui le rôle de l’historien, mais c’était aussi souvent (et cela le reste en partie) celui du politique, qui organise les commémorations autour d’un « plus jamais çà » expiatoire, performatif autant qu’illusoire.

Les traumatismes de l’histoire s’inscrivent dans des événements déchirants. Evénements de souffrance individuelle, familiale et collective au sens large. Le XXe siècle en a produit en série, aurait pu dire Cioran, du génocide arménien, à la Grande guerre, des répressions coloniales, à la seconde guerre mondiale où l’événement du trauma au XXe siècle, la shoah, fait figure de paradigme. Au nom symbolique (l’ « anéantissement », la « catastrophe »), la destruction des juifs d’Europe est l’événement à l’aune duquel chaque mémoire meurtrie tente de comparer son destin. D’une certaine manière, l’immigration porte en elle des éléments traumatiques, tant elle fait de deuils, corporels et symboliques, et a fortiori lorsque cette immigration est réalisée dans un contexte d’humiliation. De ce point de vue, l’histoire française de l’immigration des Harkis après la guerre d’Algérie est symptomatique de ce que nous entendons par trauma en histoire. L’événement s’inscrit en contexte colonial et se prolonge en métropole et en Algérie indépendante par un double processus de rejet. Cantonnés au camp de Rivesaltes[2] pour beaucoup d’entre eux, les supplétifs de l’armée française et leur famille tentent de survivre au déshonneur, aux restrictions et aux discriminations. En Algérie, ils meurent des balles vengeresses des règlements de compte d’après-guerre. (…)

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