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Prévenir le harcèlement en milieu scolaire : un enjeu de santé mentale

Nicole CATHELINE - Pédopsychiatre, Présidente du Conseil scientifique de la Société française de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent et disciplines associées

Année de publication : 2020

Type de ressources : Rhizome

Rhizome n°78 – L’école prend-elle soin ? (novembre 2020)

En France, l’école a commencé à se préoccuper du harcèlement scolaire en 2011, date des premières assises internationales tenues sur le territoire à ce sujet. On peut lui faire le reproche de s’être engagée dans ce combat bien tardivement par rapport à d’autres pays occidentaux – en particulier les pays du Nord de l’Europe ou l’Amérique du Nord (Canada, États-Unis). À sa décharge, depuis cette date, elle n’a cessé de manifester une préoccupation continue et soutenue sur cette question tant il est apparu, après des années d’indifférence collective, que pouvaient être dramatiques les conséquences du harcèlement entre élèves, la vie durant parfois(1). Il y a certes encore beaucoup à faire, surtout au plan collectif et sociétal, car comme le soulignait avec malice Albert Enstein : « Il est plus facile de désagréger un atome qu’un préjugé. »

De manière encore trop souvent simplificatrice, les victimes de harcèlement sont considérées comme des personnes psychologiquement fragiles et les harceleurs, comme d’horribles pervers. La réalité est, comme toujours, beaucoup plus complexe et s’il est, en effet, question de vulnérabilité, celle-ci concerne l’ensemble des acteurs : victime(s), agresseur(s), y compris les spectateurs. De même, c’est plus la situation dans laquelle se trouvent ces enfants qui les rend vulnérables qu’un trait particulier de personnalité(2). Comment pourrait-il en être autrement chez des êtres en cours de construction de leur personnalité ? Une vision manichéenne entre une victime faible, qui est donc en partie responsable de ce qui lui arrive car elle ne sait pas se défendre, et un agresseur, qui développe déjà de dangereux penchants asociaux, est donc à exclure si on veut tenter de s’occuper de cette problématique et ne pas médicaliser à outrance ces comportements. On sait trop combien le fait de renvoyer la question aux professionnels de santé exonère la société et les institutions en général de s’interroger sur leur propre fonctionnement(3).

Les réseaux sociaux modifient les modes de harcèlement et amplifient le phénomène

La montée en puissance de l’usage des réseaux sociaux chez les jeunes a fait apparaître les cyberviolences et le cyberharcèlement dont les conséquences sont globalement identiques sur le fond, mais infiniment plus rapides dans leurs manifestations et parfois plus radicalement délétères. À partir de ces considérations générales, il apparaît assez rapidement que le harcèlement ne concerne pas seulement l’école – même si elle occupe une place centrale –, mais l’ensemble de la société. La lutte contre ce phénomène doit s’inscrire à la fois dans une remise en cause de certains principes éducatifs(4) et une prévention de toute forme de violence dans les rapports entre individus. C’est au cours de ces premières assises qu’ont été portées à la connaissance du public français les études longitudinales(5) menées dans d’autres pays. La France a alors découvert avec horreur la gravité des conséquences, et ce parfois durant toute la vie, avec des effets transgénérationnels non seulement pour les victimes, mais aussi pour les agresseurs, et souvent également pour les spectateurs, otages impuissants. (…)

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