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Les violences humiliantes

Vincent DE GAULEJAC - Directeur du Laboratoire de Changement Social, Université Paris 7

Année de publication : 2004

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SANTE MENTALE, SCIENCES HUMAINES, Psychologie, PUBLIC PRECAIRE

Rhizome n°14 – Violences à la personne (Janvier 2004)

L’assistance n’est pas une violence de même nature que l’exploitation économique ou la misère. Bien au contraire, l’assistance est une tentative pour gérer les effets de l’inégalité et de la pauvreté en apportant une aide à ceux qui sont démunis. Et pourtant l’assistance est souvent vécue comme une épreuve humiliante parce que l’aide est subordonnée à une série de conditions qui sont autant de « symptômes » de la considération sociale dont l’assisté est l’objet. Cette considération n’est pas évaluée de la même façon selon que l’on interroge les professionnels de l’assistance ou les usagers.

Un certain nombre de Rmistes que nous avons interviewés (Gaulejac, Taboada Lénonetti, 1993) nous ont parlé de « parcours du combattant » pour évoquer l’ensemble des démarches qui sont nécessaires pour obtenir une aide. On sait pourtant que l’instauration du RMI a été justement pensée pour simplifier, accélérer et unifier les procédures, face à un système d’aide sociale dont la complexité est reconnue par tout le monde. Plus généralement, les usagers expriment beaucoup d’ambivalence face à l’assistance. D’un côté, ils en reconnaissent la nécessité et ils valorisent le travail de ceux qui acceptent de les écouter et de s’occuper d’eux, d’un autre côté, ils expriment une colère et une souffrance d’être obligés de se soumettre à des procédures qu’ils vivent comme inutiles, contraignantes ou dévalorisantes.

La plupart des assistés sont « obligés » de demander une aide. C’est pour eux une nécessité souvent liée à une question de survie. Ils sont donc contraints de se soumettre à ces procédures et d’accepter une relation dans laquelle ils se sentent dominés. L’humiliation vient d’abord de cette obligation de se soumettre, elle est entretenue par le sentiment d’être traité comme un objet et même parfois méprisé. C’est d’ailleurs plus dans le fonctionnement du système que dans la nature des relations avec les professionnels de l’assistance que le sentiment d’humiliation se développe : le fonctionnement bureaucratique et impersonnel de nombreux services sociaux conduit à privilégier le respect des procédures à la qualité de la relation. On le perçoit en particulier à travers trois éléments caractéristiques des systèmes d’aide : le contrôle, l’attente et le mécanisme de la porte tournante. (…)

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