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Edito

Nicolas CHAMBON
Christian LAVAL

Année de publication : 2015

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SANTE MENTALE, SCIENCES HUMAINES, Sociologie

Rhizome n°57 – Des territoires fragmentés: enjeux psychiques et politiques (Juin 2015)

Devant l’exclusion de certaines populations des systèmes de droit commun, des politiques d’interventions territorialisées se sont développées au début des années 1980, que ce soit dans la politique de la ville, dans le champ du travail social, ou celui de la psychiatrie. Du développement local à la politique de secteur, en passant par le développement social des quartiers, la correspondance entre le territoire et la population y apparaissait comme évidente. D’une part le territoire était défini au regard du nombre d’habitants avec des moyens alloués en conséquence, et d’autre part, les problématiques spécifiques s’entendaient au regard des spécificités d’un territoire représenté a priori comme unifié

Des territoires fragmentés

Cette évidence est aujourd’hui discutée. Un processus de fragmentation territoriale est visible à différents niveaux. Tout d’abord, à un territoire donné correspond une population de plus en plus hétérogène quant à sa composition sociale, mais aussi à ses attachements et à son rapport au lieu. Il y a différentes manières d’habiter un même lieu. Et surtout l’inscription territoriale d’un individu peut varier. Pour les demandeurs d’asile ou les personnes sans-abri, la psychiatrie publique est alors prise en défaut. Il importe alors de faire valoir que ces populations relèvent du « secteur » quand bien même elles n’ont qu’une domiciliation et non une adresse effective.

À un autre niveau, c’est le territoire lui-même qui est délaissé. Des quartiers dits « sensibles », des campagnes dites « profondes » apparaissent abandonnés par la puissance publique ou sont pointés comme étant « à côté » des flux et des dynamiques économiques, sociales ou culturelles. C’est alors un groupe visible et homogène qui apparaît comme problématique. Cette homogénéité ne renvoit pas à une communauté ontologique mais à celle d’une expérience de galères et de stigmatisations. S’agissant de jeunes de quartiers c’est la « connaissance de la difficulté qui est commune ». Un des objectifs des intervenants sociaux consiste alors à extraire l’individu du groupe. Un autre signe de cette fragmentation et non des moindres concerne sa traduction politique délétère. Les dernières élections françaises nous rappellent à quel point la question du territoire malmené s’est invitée dans le débat politique : valeurs de proximité, d’enracinement local face aux forces globales « dévastatrices d’humanité » et génératrices de troubles. (…)

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