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« On est des (ex-)quelque chose »… De la mobilisation des savoirs expérientiels dans le travail pair

Laëtitia SCHWEITZER - Docteure en sciences de l’information et de la communication, Chargée de mission, plateforme « Promotion et développement du travail pair en Auvergne-Rhône-Alpes », association Le Relais Ozanam, Grenoble

Année de publication : 2020

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Sociologie

Cahiers de Rhizome n°75-76 – Pair-aidance, interprétariat et médiations (mars 2020)

Si la pair-aidance s’institutionnalise petit à petit dans plusieurs champs (santé mentale, accès au droit, précarité, logement, handicap, etc.) à la faveur de lois qui redéfinissent les relations entre les publics et les institutions qui les accompagnent, elle reste un objet nébuleux, polymorphe, difficile à circonscrire. La multiplicité des titres sous lesquels les pairs exercent (« travailleurs pairs », « intervenants pairs », « médiateurs pairs », etc.), la diversité de leurs activités, des contextes organisationnels dans lesquels ils évoluent, de leurs statuts et de leurs conditions de travail n’aide pas à clarifier la question. C’est que le travail pair, version rémunérée (généralement salariée(1)) de la pair-aidance, est un « drôle de travail », qui repose sur la similitude de vécu, de parcours, de trajectoire de vie entre un professionnel et la personne qu’il accompagne. Celui-ci se situe donc sur la remise en question d’une frontière symbolique : celle qui sépare soignants et patients, sachants et profanes, travailleurs sociaux et personnes accompagnées. Ainsi, à l’envers d’un recrutement classique valorisant diplômes et parcours professionnel, c’est le savoir expérientiel métabolisé à partir d’un parcours de vie « accidenté » qui qualifie a minima les travailleurs-pairs. C’est ce que souligne l’appellation « experts du vécu » utilisée en Belgique pour désigner ces travailleurs. Dans le travail pair, c’est donc ce que l’on cache ordinairement dans un CV qui est pris en considération et recherché : un « vécu de plusieurs formes de domination » (Demailly, 2014), d’une certaine position dans le rapport social constitutif d’une expérience du stigmate que le recrutement « renverse » a priori.

Le travail pair s’inscrit dans la filiation des pratiques de pair-aidance qui se sont élaborées collectivement dans les groupes d’entraide mutuelle (GEM) et les groupes d’« autosupport » autour du vécu d’une maladie, d’une addiction, d’un handicap, d’un trouble en santé mentale, d’une condition douloureuse réelle et symbolique. Cette parité de condition semble opérer comme un levier puissant des processus de déstigmatisation qui accompagnent et rendent possible le rétablissement des personnes. La pair-aidance peut d’ailleurs être appréhendée comme un ensemble de pratiques procédant d’une éthique du rapport social fondée sur la « ré-affiliation » des personnes en « désaffiliation », qui se vivent comme des « surnuméraires » (Castel, 1995). Si les institutions s’emparent aujourd’hui de la pair-aidance(2) en reprenant symboliquement à leur compte les mots d’ordre des personnes accompagnées (participation, autodétermination, non-jugement, etc.), c’est parce que se construit depuis plusieurs décennies, depuis la marge, une prise de conscience des effets de réalité du pair-accompagnement qui, en s’appuyant sur la spécularité de la relation entre pairs (effet « miroir »), gage de confiance dans cette relation, favorise le pouvoir d’agir des personnes. (…)

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