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Rester soignant en contexte humanitaire

Gaïa BARBIERI - Psychologue clinicienne, Doctorante au Centre de recherches en psychopathologie et psychologie clinique (CRPPC) Université Lyon 2

Année de publication : 2019

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Psychologie, PUBLIC MIGRANT, Demandeurs d'asile

Rhizome n°73 – Aux frontières de l’humanitaire (octobre 2019)

Le caractère humanitaire du travail auprès des populations mésinscrites (1) – dont les « migrants » sont une catégorie – est la norme en Italie, où l’Église catholique a traditionnellement rempli cette fonction en palliant un vide historique de l’État et en imposant un modèle de gestion de la misère inspiré par un idéal de « charité ». Selon ce modèle, les pratiques d’aide consacrées aux sujets assignés aux marges du socius sont une question morale, privée. Le bénévolat, le don, l’urgence et l’exceptionnalité définissent la relation d’aide avec les sujets précaires : une relation précaire.

A contrario, en France, l’organisation publique des réponses à l’exclusion sociale relève d’un traitement politico-institutionnel cohérent avec l’« État-providence ». Des dispositifs tels que les permanences d’accès aux soins de santé (Pass) et les équipes mobiles de psychiatrie et précarité (EMPP), rattachées aux hôpitaux publics, matérialisent une volonté politique – et donc non humanitaire, non exceptionnelle, non aléatoire – de penser et soutenir le travail des cliniciens aux prises avec les sujets précaires. L’institutionnalisation du traitement de la souffrance psychosociale inscrit cette dernière dans l’espace public, désamorçant le modèle « charitable », au profit du « comme un » qui devrait définir le droit. Mais, à l’époque de la doxa néolibérale, l’État-providence n’est plus d’actualité. J’ai pu observer en prise directe, pour ainsi dire, les effets de ce changement de paradigme, dans le cadre d’un stage de psychologie clinique auprès d’une EMPP rhônalpine. Je venais à peine de commencer ma pratique institutionnelle que j’entendais déjà mes collègues se demander tristement : « Sommes-nous dans le soin ou sommes-nous dans l’humanitaire ? » (…)

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