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L’ange de l’histoire, le chien et le cheval

Annabelle ROYER - Psychologue clinicienne, Permanence d’accès aux soins de santé en milieu psychiatrique (Pass-Psy), Centre hospitalier universitaire de Toulouse, Toulouse

Année de publication : 2019

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Psychologie

Rhizome n°72 – Les animaux pansent (juillet 2019)

Les animaux, nous dit Jean-Christophe Bailly (1), « font rayonner l’existence hors des rets du langage, ils exercent sur lui la pression intimante d’un autre accès au sens ». Et, « depuis ce silence insensé », ils nous posent la question de leur disparition, d’un dépeuplement (2) et de ses causes comme autant de témoins muets de « la Grande Accélération ». Vacillement de la certitude humaine, vertige soudain : le progrès en serait-il vraiment un ? Le règne de l’humain sur la nature et l’animal n’est-il pas en train d’effacer non seulement la biodiversité, mais aussi la trace d’autres mondes possibles, d’autres façons de s’y loger ?

Hors de l’anthropocentrisme, le monde animal ne serait non pas « pauvre en monde (3) », mais au contraire une voix parmi d’autres, un marqueur de l’altérité et une incarnation de « l’énigmatique même du vivant » qui pousse à d’autres accès possibles au sens. Leur disparition nous amène alors à nous poser la question de toutes les formes d’exclusion de l’altérité, du vivant et du réel dans « l’idéologie de la suppression du sujet (4) » de nos jungles modernes, soit là où la puissance de l’homme ivre de lui-même et de ses entreprises met en péril ou nie d’autres formes possibles d’existences, et ce jusqu’à devenir un loup pour l’Homme.

Pour en témoigner, nous laisserons la parole à celle que nous appellerons Louiza, patiente tchétchène et témoin des disparitions de ceux qui dans ce monde, sous le joug de Khadyrov, sont « traités pires que des bêtes ». Ceux qui reviennent dans ses rêves et lèvent, muets, les yeux sur elle. Car au début de nos séances, les morts n’ont pas encore la parole. Ils semblent juste interroger le mystère de leur disparition. Fantômes, bêtes, père et mère surgissent, mais communiquent aussi avec leurs yeux pour l’aider à situer le lieu du danger. Ils apparaissent pour la protéger. Ils ne parlent pas, mais ils « déplacent leurs yeux », « elle peut les comprendre ». Dans ce monde « il fait nuit tout le temps, car c’est l’éclipse. » (…)

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