Vous êtes ici // Accueil // Publications // Rhizome // Rhizome n°73 – Aux frontières de l’humanitaire (octobre 2019) // La relocalisation dans un pays tiers : espoirs et projections de réfugiés syriens au Liban

La relocalisation dans un pays tiers : espoirs et projections de réfugiés syriens au Liban

Hala KERBAGE - Psychiatre, Chargée d’enseignement à la Faculté de médecine, université Saint-Joseph, Beyrouth

Année de publication : 2019

Type de ressources : Rhizome - Thématique : Psychiatrie, SCIENCES MEDICALES, PUBLIC MIGRANT, Réfugiés

Rhizome n°73 – Aux frontières de l’humanitaire (octobre 2019)

Dans le cadre de ma pratique clinique en tant que consultante pour des organisations internationales, je suis amenée à rencontrer des réfugiés syriens dont le dossier pour une potentielle relocalisation dans un pays tiers (en Europe ou au Canada) est en cours d’évaluation. L’évaluation initiale de santé par un médecin de l’ambassade concernée peut aboutir à une demande de consultation psychiatrique afin de vérifier si la personne souffre d’une condition mentale ou psychologique qui l’empêcherait éventuellement de prendre l’avion et/ou si elle a besoin d’une prise en charge spécialisée avant de voyager. La consultation psychiatrique n’est donc pas systématiquement demandée, mais quand elle l’est, la plupart des réfugiés qui me sont adressés arrivent avec une énorme appréhension concernant cette « évaluation psy » et, en filigrane l’angoisse qu’elle puisse éventuellement aboutir à un refus de leur dossier.

Les entretiens m’ont révélé que ceci est directement lié à la peur de perdre ce qui est perçu par les Syriens comme étant le seul moyen de pouvoir imaginer un futur possible : la relocalisation dans un pays dit « civilisé » (يراضح(1). Les réfugiés décrivent leur vie au Liban comme marquée par une violence structurale, la discrimination, la pauvreté, l’insalubrité de leur logement, la déscolarisation de leurs enfants, le risque d’arrestation arbitraire, la limitation de leurs mouvements, des décisions institutionnelles perçues comme arbitraires et impénétrables (2) mais, surtout, un sentiment de perte totale d’espoir dans l’avenir si ce n’est à travers la relocalisation. Ces conditions de vie génèrent chez la plupart un sentiment d’être « sous-pression » (طغض) avec, comme conséquence, un vécu de lassitude, de fatigue, de détresse émotionnelle. (…)

Télécharger l’article en version PDF

Publications similaires

Sessions de soutien psychosocial avec des femmes syriennes réfugiées au Liban

humanitaire - Liban - psychosocial