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Être accueilli chez l’habitant : de l’hébergement-épreuve à la cohabitation-tremplin pour les migrants

Marjorie GERBIER-AUBLANC - Socioanthropologue, Chercheuse postdoctorante, EHESS-Programme Babels, Paris
Évangeline MASSON DIEZ - Sociologue, Doctorante, Université de Strasbourg, Strasbourg

Année de publication : 2019

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Sociologie, Anthropologie, PUBLIC MIGRANT

Cahiers de Rhizome n°71 – Habiter, co-habiter (avril 2019)

Mamadou (1) avait 16 ans lorsque, après avoir dormi deux semaines sous un pont près de Paris, une personne lui a proposé de dormir chez l’habitant : « Au début j’avais peur, vu que je connais pas la personne, j’avais peur qu’elle m’accuse de vol et que je la gêne. J’avais peur aussi qu’elle me fasse du mal. Le premier soir, Thérèse m’a présenté son fils, elle m’a parlé un peu d’elle. Elle m’a tout montré, elle m’a dit : « tu dors là. » C’était dans le salon avec un autre. On était serrés, mais c’était bien et c’était mieux que dehors. Et elle m’a bien traité. Parfois on gêne, elle me disait tu ne me gênes pas, mais moi je crois pas, on gêne forcément un peu. Le matin, elle me demandait si j’avais bien dormi. Je disais « oui, oui’ ; mais je ne dormais pas, pas à cause de chez elle, mais à cause d’avant, de sur la route et du reste, je dormais pas, mais je disais rien pour pas l’inquiéter. Aujourd’hui, c’est comme une maman pour moi, j’ai plus ma mère et Thérèse est un peu comme une maman. Je ne sais pas ce que je suis pour elle. »

L’expérience de Mamadou est loin d’être isolée. Depuis 2015, le retour en visibilité des campements de migrants associé à la médiatisation des morts en Méditerranée ont renouvelé les mobilisations citoyennes de soutien aux migrants (Agier et al., 2018 ; Gerbier-Aublanc, 2018a). Moins visible que les actions de distributions, l’hébergement citoyen a pris de l’ampleur en France. Des programmes associatifs et des mouvements indépendants se sont déployés sur tout le territoire afin d’organiser l’accueil de migrants chez l’habitant. Dans un contexte de saturation du Dispositif national d’accueil (DNA), ces cohabitations apparaissent comme une formule innovante d’accueil des migrants. Mais ces initiatives soulèvent pour les personnes accueillies un certain nombre d’inquiétudes et d’interrogations et supposent des adaptations complexes, tout en leur prodiguant parfois des ressources inattendues. Partant de leur expérience, nous chercherons dans cet article à comprendre comment ces cohabitations sont vécues par les migrants. Nous croiserons pour ce faire deux enquêtes socio-ethnographiques réalisées en 2017-2018 en Île-de-France (2). (…)

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