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Écarts humains. Ouvrir les frontières de la psychiatrie

François JOURNET - Psychiatre, Villefontaine

Année de publication : 2017

Type de ressources : Rhizome - Thématique : Psychiatrie, SCIENCES MEDICALES

Cahiers de Rhizome n°63 – Cliniques et migrations (Mars 2017)

« Jamais tu n’avais vu nulle part l’administration et la vie à ce point imbriquées, tellement imbriquées qu’on avait parfois le sentiment que chacun avait pris la place de l’autre. » (Kafka, 1926)

« La main qui ne répond pas pousse au suicide. » (Tchicaya U Tam’si)

En octobre 2015, l’Ordre des médecins publie une vidéo véhiculant « un message de fierté » destinée à valoriser l’exercice quotidien de la médecine (1). Les personnages du film n’ont rien du mandarin aux honoraires exorbitants, du spécialiste refusant la CMU (Couverture Maladie Universelle) ou du racketteur d’étrangers malades : ils exercent une médecine moderne avec humanité, en accord avec le serment d’Hippocrate récité en voix off. « Je donnerai mes soins à l’indigent et à quiconque me les demandera » dit la voix, tandis qu’apparaît au-dessus du médecin, le logo de Médecins du Monde. Cette image, exonérant le praticien de son serment dans l’exercice habituel, n’assigne-t-elle pas le patient précaire aux réseaux caritatifs, ainsi promus spécialistes de l’accueil de ce public ? Plus généralement, le patient précaire, qui sera ici un migrant précaire, n’est-il pas présupposé usager de structures, sinon caritatives, du moins publiques, Pass ou CMP (2), inapte à intégrer le réseau de soin privé ?

Le droit commun ne se limite pas au public. Les bénéficiaires de la Puma (3) (pour les demandeurs d’asile) ou de l’AME (4) (pour les personnes déboutées de l’asile) ont accès à la psychiatrie privée conventionnée qui nous intéresse ici (5). Mais qu’en est-il en réalité ? Est-il raisonnable, souhaitable, d’accueillir ces patients en souffrance psychosociale dans l’isolement d’un cabinet de psychiatrie, quand les spécialistes soulignent l’importance du travail collectif ? Et comment franchir l’obstacle de la saturation des cabinets, qui n’a rien à envier à celle des structures publiques ? (…)

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