Vous êtes ici // Accueil // Publications // Rhizome // Rhizome n°61 – Des mondes virtuels ? (Septembre 2016) // Petit point de vue clinique d’une psychiatre sur la vie numérique aujourd’hui

Petit point de vue clinique d’une psychiatre sur la vie numérique aujourd’hui

Sylvie ZUCCA - Psychiatre, Paris

Année de publication : 2016

Type de ressources : Rhizome - Thématique : Psychiatrie, SCIENCES MEDICALES

Rhizome n°61 – Des mondes virtuels ? (Septembre 2016)

Il est sans doute extrêmement difficile d’évaluer les effets de la vie numérique sur l’humain ; mais il est simple de poser cette question : « Combien d’heures par jour passez-vous sur l’ordinateur, le smartphone, à surfer sur les réseaux, jeux et autres ? » pour se rendre compte de l’effet d’emprise parfaitement addictogène de la vie numérique sur l’humain : parfois huit heures, parfois dix, parfois bien plus encore, les yeux rivés sur l’écran, seul ou accompagné (Skype, jeux en réseaux, etc.), à toute heure du jour et de la nuit. Il est fort à parier qu’au-delà des effets positifs pour les plus démunis – retrouver un contact, chercher du travail, accéder aux informations et aux droits – qu’une nouvelle inégalité invisible se creuse : celle qui consisterait à n’avoir de contacts que virtuels, sans contrepartie humaine aussi « riche ».

La vraie vie virtuelle telle qu’elle fait promesse, « Rejoignez-nous, vous serez plus fort, mieux informé, vous aurez de plus en plus d’amis », fera en effet d’autant plus tentation que l’humain se retrouve isolé, seul, mal à l’aise dans sa vie et dans sa relation à autrui ; pour les autres – ceux qui vont bien, qui ont dans la vie réelle l’opportunité de goûter les plaisirs et les joies partagés, un bon niveau d’études et de possibilités critiques – le numérique est un superbe outil, supplément obligé aujourd’hui.

Pour les plus fragiles psychiquement, le monde virtuel peut faire danger : alcoolisation solitaire, oubli des repas et des rythmes de la vie quotidienne, surf non-stop, perte de la réalité au profit d’un étrange état d’entre deux mondes. La temporalité virtuelle n’est pas la même que celle du monde réel, elle devient celle d’un présent non-stop, excitatoire, dans lequel le silence équivaut vite, trop vite, à un vide abyssal qu’il faut combler par de nouvelles images, de nouveaux signes, minute après minute. (…)

Télécharger l’article en version PDF

Publications similaires

Une histoire d’amour « hivernale »

hébergement - clinique - accueil

Rached SFAR - Année de publication : 2009

Clinique de la périnatalité : pour construire une confiance en l’avenir

clinique - prévention - famille - périnatalité

Françoise MOLÉNAT - Année de publication : 2005

Edito

clinique - victime - victimologie