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De la prière à la révolte. Le retour du Sujet et de son désir dans la clinique psychosociale.

Gaia BARBIERI

Année de publication : 2016

Type de ressources : Mémoires et thèses - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Psychologie

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INTRODUCTION

Préambule

Vertige. Tel est le nom du dépaysement que le chercheur ressent quand il monte sur les
épaules des géants afin d’élargir son regard. Ce vertige est le prix à payer dans un échange
irrémédiablement asymétrique, celui qui règle la transaction implicite dans tout effort de
recherche : un commerce qui satisfait la soif de savoir de celui qui cherche, en retour de la
reconnaissance de ses sources, et d’une ultérieure transmission. Un tel vertige rend périlleuse
la rédaction écrite de l’aventure d’enquête, une oeuvre qui, d’un certain point de vue, ne
pourrait pas commencer, parce qu’elle est à tout moment déjà commencée, et depuis
longtemps, et par bien d’autres que l’auteur. L’écriture est surtout inscription de l’ « auteur »
et de l’ « oeuvre » dans une ligne de filiation, petite nervure d’une théorie-feuille, qu’il faut
suivre à rebours, tout au long de sa branche, de son tronc, et finalement dans l’enchevêtrement de racines, dans le sous-sol grouillant d’une culture. Cette inscription demande un acte d’imprudence à celui qui ose écrire en son nom propre les très bruyants noms des autres à qui son oeuvre appartient, et appartenait déjà.

La question qui me tourmentait lorsque j’allais commencer la rédaction de ce travail de
recherche portait sur la légitimité de ma propre inscription dans une « filière », celle de la
psychologie clinique :

« J’ai joué le rôle de chercheuse clinicienne. J’ai du apprendre vite, et improviser. Cela signifie
que j’ai volé du savoir à deux niveaux. Le premier vol que j’ai commis est moins grave, parce
que c’est du vol à la Robin Hood : je me suis nourrie des idées des autres, ceux qui ont pensé
mon « objet » avant moi, les riches en idées, les géants. Le deuxième vol est plus difficile à
pardonner. J’ai volé des sujets. Encore pire. J’ai volé les pauvres. Ils m’ont confié leurs
histoires, leurs souffrances, leurs désirs, leurs mondes psychiques. J’ai essayé de… Quoi
faire ? Les soigner ? Et comment ? Et puis, les soigner de quoi ? De leur pauvreté ? De leur
précarité ? Mais qu’est-ce que ça veut dire ? N’est-ce pas fou ? Arrogant ? Absurde ?».
(Extrait de mon cahier de notes personnelles – Mai 2016)

Vertige de la page blanche. Sur laquelle on peut lire en transparence une question qui se formulerait ainsi : et maintenant, qu’est-ce que je dois, je veux ou je peux restituer ? Comment combler ma dette ? Ne suis-je pas trop pauvre, pour me lancer dans ce commerce ? (…)

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